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Coronavirus | 27/04/2020

Les personnels sont sur les genoux

par Solange de Fréminville
personnel soignant infirmier infirmière épuisement fatigue © Robert-Kneschke-AdobeStock

Effectifs réduits, journées plus longues, travail plus intense et complexe, angoisse des professionnels sans moyens de protection… les conditions de travail se sont dégradées dans les établissements et services du secteur sanitaire et médico-social concernés par l’épidémie de Covid-19. Les personnels regrettent que leurs alertes n’aient pas été entendues plus tôt et voient venir avec inquiétude le déconfinement car ils sont épuisés par deux à trois mois d’intenses sollicitations.

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Coronavirus : les professionnels de la santé et du social répondent présents

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Aux urgences de l’hôpital Bichat (AP-HP), « ce qui était dur les premiers temps, c’était la gestion du matériel pour protéger soignants et patients pas atteints par le virus Covid-19, les changements d’organisation toutes les demi-journées en fonction des nouvelles consignes médicales, le manque de soignants, d’infirmiers, de médecins », témoigne Swanie Gigot, cadre de santé. Mais ce qui n’a duré qu’un temps à Bichat grâce à la forte mobilisation des professionnels, aux équipements et aux renforts obtenus – même si, reconnaît la cadre de santé, « des nouveaux, parfois jeunes et sans expérience, ce n’était pas facile à gérer » –, est devenu structurel dans d’autres établissements. Pour les personnels des établissements qui « dénoncent depuis des mois le manque de moyens, d’effectifs, de matériel, c’est la preuve par l’absurde », souligne Ève Rescanières, secrétaire générale de la CFDT Santé Sociaux.

Jusqu’à 30 % ou 50 % du personnel atteint

D’abord en raison des effectifs encore plus réduits. Une partie du personnel a dû en effet s’arrêter de travailler pour cause de santé fragile ou d’atteinte par le Covid-19, l’absence d’équipements de protection ayant contribué à répandre la contamination au sein même des établissements. Et dans le médico-social, il n’y a pas eu de renforts. En Ile-de-France, par exemple, « des Ehpad ont eu jusqu’à 30 % ou 50 % de leur personnel atteint par le Covid-19 », rapporte Louis Matias, directeur de l’Ehpad Maison Ferrari (Ordre de Malte), à Clamart, et délégué régional adjoint de la Fehap (Fédération des établissements hospitaliers et d’aide à la personne privés non lucratifs) Ile-de-France. « Au total, 100 Ehpad sur un total de 700 ont été identifiés comme étant en grande difficulté » par les autorités sanitaires, précise-t-il.

Seulement 2 masques en douze heure

Autre cause de la dégradation des conditions de travail : le manque de moyens de protection. Trop peu de masques – et des masques chirurgicaux, alors qu’il faut des FFP2 pour assurer une réelle protection –, pas de surblouses, de charlottes, de gants, de lunettes… Les hôpitaux ont finalement été pourvus, mais les établissements et services médico-sociaux qui prennent en charge des personnes âgées ou handicapées souffrent encore de l’insuffisance d’équipements. Par exemple, « seulement deux masques chirurgicaux en douze heures », indique Malika Belarbi, aide-soignante retournée travailler en Ehpad, animatrice du collectif national des Ehpad au sein de la fédération CGT Santé Action sociale, qui témoigne de « l’angoisse » ressentie par les professionnels à l’idée d’être contaminé et de contaminer collègues, proches, personnes accompagnées. « Cela a impacté leur vie familiale, car certains se sont mis en retrait », ajoute Ève Rescanières. Et « cela reste un vrai problème dans les services d’aide à domicile », déplore Didier Sapy, directeur général de la Fnaqpa (Fédération nationale avenir et qualité de vie des personnes âgées), au point que la baisse d’activité est forte, beaucoup de personnes âgées ayant décidé de se priver des services des auxiliaires de vie, quand ce n’est pas les associations qui se sont elles-mêmes vu contraintes de réduire au minimum les tournées.

Un syndrome de glissement

Pour ceux qui sont restés en fonction et qui ont affronté l’épidémie, la surcharge de travail s’est doublée d’un rythme plus intense : des journées plus longues (des cycles de 9 heures ou 12 heures, et pour beaucoup, des heures supplémentaires) et un travail nettement plus complexe et éprouvant là où les malades étaient de plus en plus nombreux. Le respect des mesures barrières a pesé au quotidien, dans des métiers qui réclament du contact et de la proximité. L’habillage et le déshabillage, les désinfections répétées, mais aussi les protocoles de soins plus complexes sont chronophages.Dans les Ehpad, la réduction de toutes les interventions extérieures (pour les soins comme pour l’animation) et le confinement obligé des résidents dans les chambres ont nécessité une réorganisation complète, avec distribution des repas dans les chambres, mais aussi récupération et traitement différents de la lingerie, etc. En raison de l’isolement des résidents, aggravé par la suppression des visites des familles, et malgré le maintien des contacts téléphoniques et vidéo, des personnes ont glissé dans l’apathie et le repli sur soi, dans « un syndrome de glissement », s’inquiète Malika Belarbi.

L’épuisement est autant physique que mental

Les décès, très brutaux, la nécessité d’emballer rapidement les cadavres dans des housses et de les évacuer aussitôt, ont affecté les soignants, les brancardiers et tout le personnel concerné, en particulier les « nouveaux dans le service, jeunes, sans expérience », selon Swanie Gigot. Pour beaucoup, « c’est un traumatisme », assure Ève Rescanières. Aussi l’épuisement est-il autant physique que mental. Même si cela a été compensé par « la forte solidarité entre professionnels » et, pour un certain nombre d’hospitaliers, par le sentiment de vivre un moment fort et de bénéficier de la forte reconnaissance des familles : « on est très content de vivre quelque chose comme ça une fois dans sa vie, et on a eu beaucoup de remerciements », témoigne Swanie Gigot.

Des conséquences sur le sens du travail

Mais tous craignent le déconfinement, voire « une deuxième vague » selon la cadre de santé de Bichat. « Les professionnels seront sur les genoux, car ils ont été sollicités à l’extrême pendant deux à trois mois, mais ne pourront pas se reposer », redoute Louis Matias. Les tests et les moyens de protection restent insuffisants. Les visites reprennent dans les établissements, mais selon un protocole contraignant, notamment la nécessité pour un professionnel d’être présent pendant la visite pour veiller au respect de la distanciation sociale et des gestes barrières. « Dans cette course folle, tout le monde s’épuise. Cela fait des années qu’on le pressent, qu’on fait grève… », dénonce Clothilde Ollier, infirmière montpelliéraine venue en renfort à l’AP-HP depuis une semaine et membre de la fédération CGT Santé Action sociale. Elle s’inquiète des graves conséquences, y compris sur le sens du travail. « Selon le nombre de places en réa, c’est « toi, tu y vas, toi, tu n’y vas pas ». C’est extrêmement choquant », et « dans les Ehpad, des gens sont morts sur place ».

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  1. Il faut que nos responsables nous soutiennent se dure pour nous les soignants.
    Les manqués des matériels,il y a d’autres cadre de santé ne viennent pas ,les services sont désorganisés ,il faut que nos responsables pensent à tout les soignants qui ont travaillé durant cette période de covid 19

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