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Crise sanitaire et économique | 12/05/2020

Coronavirus : et si la deuxième vague était une crise sociale !

par Auteur Associé
pauvreté maman enfant © Gelmold-AdobeStock

Personne n’a oublié les qualificatifs qui ont été utilisés par nos gouvernants depuis des années pour identifier les populations les plus pauvres et en situation d’exclusion ! Les "gens d’en haut" et les "gens d’en bas" se sont exclamés certains, pendant que d’autres parlaient des "sans dents" ou des "derniers de cordées" juste avant le mouvement national porté par les Gilets jaunes en novembre 2018. Le Secours catholique avait beau sortir chaque année son rapport annuel pour sensibiliser les forces vives du pouvoir en leur demandant de réagir ; c’était à chaque fois un dialogue de sourds et le rapport retournait sur son étagère pour rejoindre les autres qui avaient connu le même sort.

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Coronavirus : les professionnels de la santé et du social répondent présents

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Par Rina Dupriet, administrateur territorial hors classe, maire adjoint, présidente honoraire de l’Actas (ex-Anccas)

Ces rapports comme ceux des autres associations caritatives n’avaient d’autre but que de décrire et d’observer le malaise social français afin de faire réagir ceux qui étaient en charge des affaires de trouver des solutions pour réduire une pauvreté devenue permanente. Lorsqu’en novembre 2019, le Secours catholique présente son rapport social des actions qu’il a menées en 2018, les résultats sont pourtant déjà bien inquiétants ! Parmi les personnes qu’il accueille, 30 % d’entre elles, contre 20 % en 2010 n’ont pas de places en hébergement, ce qui les contraint à vivre dans la rue parfois seul ou avec leur famille au côté des demandeurs d’asile dont le nombre va croissant.

28 % de familles à la rue

Si le Secours catholique a rencontré près de 1 347 500 personnes sur un an dont 23 % d’hommes seuls, 18 % de femmes seules et 28 % de familles monoparentales, force est de constater que le nombre de personnes âgés de plus de 60 ans a doublé en dix ans. Il est de 14 % en 2018. On assiste donc à un vieillissement progressif des personnes accueillies. Des emplois toujours précaires sont pointés du doigt puisqu’une personne sur cinq qui occupe un emploi précaire ou suit une formation relève de leurs guichets sociaux. Alors l’emploi qui devait être une protection contre la pauvreté ne l’est malheureusement pas pour une grande partie des personnes rencontrées. Pour ce qui concerne les emplois en CDI, si le quart de ces personnes peut apparaître comme protégé, ce n’est pas forcement le cas du fait des salaires peu élevés, des charges trop importantes et de la situation familiale des demandeurs. En effet, un tiers représente une famille monoparentale, un tiers représente un couple avec enfant et un conjoint sans emploi ou en emploi précaire. Et la boucle est bouclée !

Aujourd’hui, alors que la population française est confinée depuis le 17 mars 2020, les mesures mises en place dans l’urgence par le Gouvernement auront du mal à juguler la deuxième vague des « naufragés » de cette crise sanitaire et économique que nous sommes en train de vivre. L’ampleur de la récession économique peut nous faire craindre au pire avec une chute de 3 % de la croissance mondiale en 2020. Plus de 100 pays se tournent vers le FMI pour obtenir une aide financière d’urgence. Un appel pressant à un moratoire sur la dette officielle bilatérale des pays pauvres se fait entendre jusqu’à Rome où le Pape François somme les pays riches à regarder sa proposition avec plus d’égard. Il rappelle que tout être a besoin d’une terre, d’un toit et d’un travail. Il s’inquiète des mouvements populaires qui se lèvent au travers le monde, soutenus souvent par des associations caritatives. Et chez nous en France, la pauvreté n’est pas si différente que celle d’ailleurs !

Mais la situation est telle que personne ne peut prédire de quoi demain sera fait ! Actuellement, 13 millions de salariés sont au chômage partiel. Le chômage qui commençait à se stabiliser est reparti à la hausse. Malgré l’aide alimentaire de 39 millions d’euros décidée par le Gouvernement, des millions de Français des quartiers populaires se précipitent vers les associations caritatives pour trouver de la nourriture. Plus de 5,5 millions de personnes reçoivent ponctuellement ou régulièrement une aide alimentaire.

Grande pauvreté

Les nouveaux pauvres de la pandémie se dévoilent peu à peu compte tenu du contexte économique et social. À titre d’exemple les auxiliaires de vie, les assistantes maternelles, les aides ménagères, certaines professions libérales qui vont devoir mettre la clef sous la porte (petits commerçants, artisans…) basculent déjà et ont pris le chemin de la solidarité locale souvent organisée par le secteur caritatif mais aussi et certains l’oublient souvent, par le centre communal d’action sociale de la commune dernier rempart pour ceux qui sont au bord de la route ! Actuellement 30 % de ces nouveaux pauvres de la pandémie fréquentent par exemple, les 1 300 structures du Secours Populaire depuis le confinement. Cette deuxième vague fait ressurgir les problèmes liés à la grande pauvreté qui n’avaient pas été correctement traités à ce jour à savoir les problèmes liés aux logements insalubres et suroccupés, l’hébergement d’urgence, le chômage, les emplois mal rémunérés, la délinquance, la violence sous toutes ses formes, la malnutrition, la fracture numérique…

Mais le détonateur social le plus grave sera la faim et personne, n’en a pris la juste mesure aujourd’hui. Car les « travailleurs invisibles » sortent brutalement de l’ombre et viennent s’ajouter au nombre impressionnant de pauvres et de travailleurs pauvres déjà existants. Ces travailleurs invisibles sont les rouages essentiels de la vie d’une société (les caissières, les éboueurs, les livreurs, les agents de nettoyage… qui s’ajoutent aux auxiliaires de vie, aux assistantes maternelles, aux aide ménagères citées précédemment.

Cette crise va souligner encore davantage les conditions de vie inégales des Français. Par exemple auprès des enfants dans leur apprentissage, dans le télétravail et les démarches à distance. Un Français sur cinq n’a pas d’ordinateur et un tiers chez les 25 % des Français les plus pauvres ! Cette crise va aussi apporter des changements profonds de la société. Depuis le 17 mars dernier, les Français ont expérimenté davantage l’éducation en ligne, le e-commerce, la visioconférence, le Drive à titre d’exemple. Ils ont aussi eu le temps de réfléchir sur les Open Spaces dans les entreprises, sur la consommation des produits locaux, sur leurs loisirs, les transports et sur leur qualité de vie tout simplement. Il faudra donc de toute urgence trouver des remèdes à la crise sociale qui s’annonce et libérer une société engluée dans le dédale de ses règles administratives beaucoup trop nombreuses qui ont oublié de placer l’humain au cœur de leurs dispositifs.

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