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Parentalité | 18/05/2020

Faillite des « agences de l’enfant » au Royaume Uni

par Michèle Foin
enfants parents jeux © Rawpixel.com-_AdobeStock

Lancés en 2007, les children’s centres sont encouragés à proposer à tous les parents des programmes de soutien parental validés scientifiquement. Dix ans plus tard, ils font les frais d’un désinvestissement financier comme politique.

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Famille : le soutien à la parentalité cherche sa lisibilité

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Il est intéressant de se pencher sur la politique menée au Royaume Uni depuis les années 2000, les options retenues par ce pays en matière de soutien à la parentalité faisant souvent office « d’épouvantail » pour les acteurs français de la parentalité. Alors que les questions familiales ont toujours été considérées hors du champ de l’État, en 1997, le gouvernement travailliste de Tony Blair s’intéresse aux enfants souffrant de graves problèmes de comportement. Les programmes d’accompagnement des parents validés scientifiquement, ou « Evidence-Based Parenting Programs » (EBPP), étant alors considérés comme un moyen de les traiter.

Dimension coercitive

En 1998, le Gouvernement lance les programmes locaux Sure Start qui ciblent les populations les plus défavorisées. Contrats parentaux et ordonnances parentales inscrivent le soutien dans une dimension coercitive. L’implication des parents est alors considérée comme un indicateur de la réussite éducative des enfants. En 2007, le nouveau gouvernement travailliste décide d’élargir le nombre de parents candidats à des programmes d’accompagnement. Les Sure Start Children’s centres sont alors créées. Ces « agences » de l’enfant regroupent en un seul lieu plusieurs services destinés aux parents. Elles offrent des services de santé pour les enfants et les familles ; un accueil du jeune enfant ; des conseils sur la parentalité et sur la façon d’accéder à des services spécialisés. Des programmes de soutien à la parentalité y sont également proposés.

3 600 Children’s centres

Ces Children’s centres sont portés par les collectivités à qui l’on recommande d’avoir recours à des EBPP qui reposent sur des manuels et services systématisés, jugés plus efficaces que les autres.

Des fonds sont dégagés pour recruter des experts en parentalité et former les professionnels. À compter de 2009, ce soutien est étendu à toutes les collectivités locales, sous réserve de la mise en place d’EBPP. Au plus fort de cette politique, le pays compte 3 600 centres. Mais l’efficacité recherchée n’est pas au rendez-vous. Les parents ne sont souvent pas dirigés vers les programmes appropriés, et le niveau des intervenants, très disparate, ne permet pas toujours d’appliquer les programmes de manière conforme. L’évaluation conclut que des « programmes maison », moins coûteux pourraient tout aussi bien faire l’affaire.

Ciblage

En 2010, le gouvernement de coalition, bien que favorable aux EBPP, dilue les financements des Children’s centres dans d’autres programmes et n’en fait plus une politique nationale. Faute de financements suffisants, le ciblage vers les familles « en grand besoin » refait surface, même si les centres revendiquent toujours un accueil de tous les publics, « non stigmatisant ». Les fonds dédiés par les collectivités à l’intervention précoce chutent ainsi de 64 % entre 2010 et 2017, révèle une étude de l’Université d’Oxford (1), occasionnant la fermeture de plus de mille Children’s centres. Les zones les plus défavorisées restent malgré tout relativement préservées.

DRClaude Martin, directeur de recherche du CNRS, Université de Rennes

« Un programme de soutien à la parentalité doit se construire adhoc »

« Des programmes de soutien parental, fondés sur des preuves statistiques, ont été développés dans de nombreux pays (États-Unis, Australie, Royaume-Uni, Pays-Bas), souvent dans des départements de psychologie, de travail social ou de santé publique. Ces programmes, qui sont des produits marchands soumis à copyright, ont gagné de nombreuses régions du monde. Un des plus connus est le programme 3P (Positive Parenting Program). Aujourd’hui, nous avons du recul sur leurs limites, et sur ce que l’on doit en attendre ou pas. Ce n’est pas parce qu’ils sont « Evidence-Based » qu’ils sont la panacée. Non seulement ils sont coûteux, mais en plus, si les effets sont effectivement probants au départ, ils ne sont pas durables. Il ne suffit pas de donner aux parents des règles de bonne conduite. Tout réduire au comportement revient à écraser la réalité du travail de socialisation, qui varie selon le genre, les classes sociales et les cultures. Un programme doit se construire de manière adhoc, en tenant compte du contexte. On ne peut pas simplement faire de l’import-export. »

Note (01)

« Stop start, survival, decline or closure ? Children’s centres in England, 2018 », University of Oxford. - Retourner au texte


Chiffres Clés

  • Population : 65 105 246 hab.
  • PIB par habitant : 43 770,7  M$ en 2018.
  • Espérance de vie : 80,96 ans en 2016.
  • Indice de fécondité : 1,88 enfant par femme (2018).
  • Les 0-14 ans représentent 17,59  % de la population (2018).
  • Le taux de pauvreté infantile a crû de 30,3  % à 33, 4 % entr e 2017  et 2018 (selon la Resolution Foundation).

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