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Social [Portrait] | 28/07/2020

La déléguée aux prestations familiales mise sur la confiance

par Laure Martin
Portrait de Mme Anne-Sophie Hebrard, déléguée aux prestations familiales à l'™Udaf de Valence © Jean Delmarty/Alpaca/Andia.fr

Anne-Sophie Hebrard travaille auprès des familles, pour les aider à mieux gérer leur budget. Un rôle qu’elle mène sur ordre du juge des enfants avec pour objectif de tendre vers une réelle autonomie des familles.

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Anne-Sophie Hebrard a suivi un BTS en alternance pendant deux ans en économie sociale et familiale à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme) puis a obtenu le diplôme d’État de CESF. C’est à la suite d’un remplacement qu’elle découvre le métier de délégué aux prestations familiales. L’obtention de son Certificat national de compétences lui permet d’exercer cette fonction.

«J’aime intervenir dans le champ de la protection de l’enfance tout en ayant un rôle de conseil auprès des parents dans leur fonction de parentalité, accompagner la famille pour qu’elle devienne autonome tout en préservant les besoins des enfants », explique Anne-Sophie Hebrard. Déléguée aux prestations familiales (DPF) depuis 2014, elle a toujours su qu’elle souhaiterait exercer dans le secteur social. « Dès la classe de troisième, j’ai fait le choix d’effectuer mon stage dans un centre médico-social et j’ai pensé devenir assistante sociale », se souvient-elle. Finalement, elle s’oriente en BTS alternance en économie sociale et familiale et passe le diplôme d’État de conseillère en économie sociale et familiale. « J’ai ensuite exercé pendant trois ans dans une association de protection juridique des majeurs où j’étais déléguée mandataire auprès des personnes bénéficiant d’une mesure de protection », souligne-t-elle. Elle rejoint l’Union départementale des associations familiales (Udaf) de la Drôme en 2014. « J’ai commencé à travailler à l’Udaf comme remplaçante à un poste de DPF, rapporte Anne-Sophie Hebrard.

C’est à cette occasion que j’ai découvert cette fonction. » Lorsque l’Udaf lui propose, à l’issue du remplacement, un poste en CDI en 2015, elle accepte sans hésiter et complète sa formation avec le Certificat national de compétences (CNC), obligatoire pour exercer la mission de DPF.

Mesure judiciaire

Le DPF intervient dans les familles sur mandat du juge des enfants, qui ordonne une mesure judiciaire d’aide à la gestion du budget familial. « Il adresse cette décision à l’Udaf et à la famille, qui est obligée de s’y soumettre », indique Anne-Sophie Hebrard. Dans la Drôme, seule l’Udaf est habilitée par les pouvoirs publics pour remplir cette mission, mais dans d’autres départements, des associations peuvent détenir l’autorisation nécessaire. Le juge prend ce type de mesure pour des familles bénéficiaires de prestations familiales qui rencontrent des difficultés dans la gestion de leur budget, compromettant la satisfaction des besoins fondamentaux des enfants. Les signalements sont effectués par les travailleurs sociaux, mais certaines familles font déjà l’objet d’une autre mesure éducative comme une action éducative en milieu ouvert (AEMO). « Mon rôle est d’intervenir auprès des parents pour les aider dans cette gestion budgétaire, et de m’assurer que l’argent des prestations familiales est correctement utilisé pour les besoins des enfants », fait savoir Anne-Sophie Hebrard.

Aspects contraignants

Dès lors que le mandat du juge est remis, le dossier de la famille peut être consulté au tribunal, « ce qui me permet de savoir qui a demandé la mesure et si la famille était présente à l’audience. Le dossier me donne aussi des informations sur le contexte dans lequel elle évolue et me permet d’appréhender la manière dont la famille perçoit la mise en place de cette mesure judiciaire », indique-t-elle. Anne-Sophie Hebrard envoie ensuite un courrier à la famille pour la prévenir de sa venue, avec la présence, au premier rendez-vous, du chef de secteur de l’Udaf. « Nous présentons aux parents notre cadre d’intervention et nos missions. Nous expliquons aussi les aspects contraignants de la mesure judiciaire puisqu’à la suite de la décision du juge, les prestations familiales sont versées à l’Udaf, et non plus à la famille », rapporte la DPF.

Gestion optimum

L’objectif du DPF est de tendre vers une réelle autonomie des familles sur le plan budgétaire. La majorité d’entre elles sont accompagnées entre deux et cinq ans, toujours sur décision du juge. Anne-Sophie Hebrard se rend en moyenne une fois par mois dans chacun des trente foyers qu’elle assiste dans la durée et assure, entre-temps, un suivi par téléphone ou par e-mail. Le DPF a pour rôle de reprendre l’intégralité du budget de la famille avec l’ensemble des revenus perçus afin de mettre en place une gestion optimum. « Dans un premier temps, nous allons gérer les urgences en priorisant toujours les besoins des enfants. Par exemple, si la famille a une dette de loyer, nous devons garantir aux enfants d’avoir un hébergement, nous allons donc assurer le règlement du loyer avec les prestations familiales », souligne Anne-Sophie Hebrard. Le DPF travaille avec la famille sur les raisons des difficultés budgétaires pour lui permettre de modifier son fonctionnement afin de prioriser les besoins fondamentaux des enfants. Un événement comme une rupture de droits ou une facture d’énergie élevée peut fragiliser le budget et la famille peut rapidement se sentir dépassée. « Cette situation a parfois pour conséquence une baisse de l’estime de soi et l’une des missions du DPF est également d’accompagner les parents dans la restauration de leurs capacités, afin de retrouver confiance en eux », indique-t-elle.

Relation de confiance

Le DPF peut aussi intervenir en partenariat avec d’autres professionnels du secteur, comme les éducateurs d’AEMO ou les assistantes de service social pour coordonner les actions des différents professionnels. L’une des particularités de sa fonction est également d’agir auprès des parents dont les enfants sont suivis par les services de l’Aide sociale à l’enfance. La question de la parentalité est alors abordée différemment puisque les enfants sont placés. « Je vais les aider à se projeter dans la gestion budgétaire pour penser et organiser un éventuel retour des enfants au domicile », explique Anne-Sophie Hebrard. Et de conclure : « La régularité de nos rencontres et l’échange autour des questions budgétaires et des choix de vie, induit la nécessaire relation de confiance. Certaines réalités des familles accompagnées peuvent nous toucher, et notre formation initiale nous permet d’adopter la juste distance pour ne pas nous laisser envahir par nos émotions. À l’Udaf, nous avons cependant des groupes cliniques avec une psychologue sur place avec laquelle nous pouvons analyser nos pratiques ».

Le DPF est parfois un tiers apaisant – Nathalie Canron, responsable des services à l’Udaf de la Drôme

« La loi du 2 janvier 2002 prévoit le recueil de l’avis des usagers sur le fonctionnement du service. Lorsque nous analysons les résultats sur plusieurs années, nombreux sont ceux qui se disent satisfaits de l’aide pratico-pratique que nous leur apportons. Ils nous disent se sentir soutenus face aux créanciers, aux démarches administratives compliquées. Dans leur relation avec les délégués, un lien de confiance se met en place. Ils peuvent parler de leurs problèmes en tant que parent, des difficultés de communication avec leur conjoint sur les choix budgétaires à faire pour la famille. Le DPF est parfois un tiers apaisant entre les deux personnes du couple. Même si la fonction peut s’avérer parfois compliquée, le métier est très enrichissant. D’ailleurs, peu souhaitent changer d’orientation professionnelle. »

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