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REFORME DU DECRET DE FEVRIER 2007 : 12/03/2010

Petite enfance : la mobilisation monte d'un cran

La mobilisation des professionnels de la petite enfance, le 11 mars 2010, a été très importante. Elle visait le retrait du projet de décret réformant le décret du 20 février 2007 relatif aux établissements d'accueil des jeunes enfants (EAJE).

A l'origine de ce mouvement, le collectif "Pas de bébés à la consigne", qui réunit une trentaine de syndicats et associations familiales et professionnelles de la petite enfance, avait déjà organisé une journée d'action et de grève le 17 février dernier.

Selon le collectif, le mouvement a été beaucoup plus suivi le 11 mars avec plus de 50% de grévistes dans toute la France, plusieurs centaines d'établissements fermés, 8000 à 10 000 manifestants à Paris, des centaines dans chaque ville lors de plusieurs dizaines de rassemblements en province. Près de 71% de grévistes étaient comptabilisés à Grenoble par le CCAS et 44% par la mairie de Bordeaux. A Paris, sur 439 établissements municipaux, 139 étaient fermés à midi et 97 partiellement ouverts, selon la mairie, qui avançait également 16,69% de grévistes.

L'absence d'avancée
"Plus d'enfants confiés à des équipes moins qualifiées, c'est moins de disponibilité et d'attention, plus d'insécurité matérielle et affective pour chaque enfant, plus de stress pour les professionnels", s'inquiète «Pas de bébés à la consigne», qui exige un véritable "plan d'urgence pour un accueil de qualité de la petite enfance".
Pour toute réponse à ces revendications, une conseillère technique de François Fillon a reçu le collectif en leur indiquant juste que le projet de décret serait bientôt soumis au Conseil d'Etat. «Le gouvernement n'a pas du tout pris en compte notre mouvement, il n'y pas eu d'avancées», a dénoncé Pierre Suesser, du Syndicat des médecins des services de Protection maternelle et infantile, après la réunion.

Le détail des critiques
Le collectif «Pas de bébés à la consigne» continue de dénoncer dans le projet de décret «une dégradation des dispositifs existants, au détriment des attentes des familles et des besoins fondamentaux des enfants». Selon lui, il s'agit notamment :

  • de l'augmentation projetée du taux d'accueil d'enfants en "surnombre" que les crèches pourraient accueillir, c'est-à-dire au-delà de sa capacité autorisée ;
  • du projet de diminuer la proportion des professionnels les plus qualifiés (éducateurs de jeunes enfants, puéricultrices et auxiliaires de puériculture) dans les établissements (crèches, structures multi-accueils...) ;
  • de l'extension des capacités maximales d'accueil des assistantes maternelles de trois à quatre enfants et de la création de regroupements d'assistantes maternelles pouvant accueillir jusqu'à 16 enfants sans aucune règle collective de fonctionnement ;
  • de la création expérimentale de 8000 places de jardins d'éveil d'ici 2012 pour les 2-3 ans, prévoyant un taux d'encadrement d'un adulte pour 8 à 12 enfants au lieu d'un pour 8 enfants du même âge actuellement pratiqué dans les crèches ;
  • de la perte de 68 000 places depuis 2000 pour cette tranche d'âge en école maternelle du fait des suppressions massives de postes d'enseignants, qui pourrait augurer d'une attaque plus globale contre l'école maternelle, malgré les propos du ministre de l'Education nationale...

De nouvelles journées d'actions le 23 mars et le 8 avril
«Nous sommes déterminés à ne pas lâcher et allons amplifier la mobilisation pour obtenir le retrait du décret», a indiqué «Pas de bébés à la consigne». Le collectif appelle ainsi professionnels et parents à organiser une nouvelle journée d'action, le 23 mars, en proposant des pôles «petite enfance» à l'occasion des manifestations interprofessionnelles prévues dans chaque ville. Sans réponse du gouvernement, une nouvelle journée pourrait être organisée le 8 avril, et ainsi de suite. «Nous nous engageons à poursuivre jusqu'au retrait du décret», affirme le collectif.

Une «désinformation» selon Nadine Morano
La secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, a estimé, le jour de la grève, qu'il y avait "de la désinformation" et "de la manipulation" dans les arguments avancés par le mouvement. Pour le collectif «Pas de bébés à la consigne», les personnels risquent d'être débordés face à un nombre accru d'enfants à garder à certains moments de la journée. Il estime aussi que l'arrivée de davantage de personnels moins qualifiés nuira à la qualité de l'accueil des enfants. "C'est complètement faux", a lancé Nadine Morano interrogée sur France Inter, rappelant que le gouvernement prévoyait la création de 200.000 places de garde supplémentaires d'ici 2012, dont la moitié en accueil collectif. "Nous permettons un taux d'occupation en 'surnombre' à titre exceptionnel pour rendre service aux familles" qui peuvent avoir besoin de "pouvoir faire garder leur enfant, si par exemple elles ont un empêchement" ponctuel comme un entretien d'embauche, a-t-elle expliqué. Mais "le texte ne modifie en rien le taux d'encadrement des enfants", a-t-elle ajouté. Quant au recours aux CAP Petite enfance, "ce n'est que justice" de leur permettre d'être davantage présents dans les crèches, a estimé Nadine Morano.

La Seine-Saint-Denis soutient le mouvement
«Je soutiens le mouvement de protestation car le projet décret va à l'encontre du bien-être des enfants et de leur qualité d'accueil», a déclaré Claude Bartolone, président (PS) du conseil général de Seine-Saint-Denis. Et d'ajouter : «en réduisant le nombre de personnels accueillants et en abaissant les ratios d'encadrement, le gouvernement néglige toute considération d'éveil et de pédagogie envers les enfants accueillis. Je ne souhaite pas de cette politique low-cost de la petite enfance ; c'est un domaine qui ne peut être réduit aux seules logiques comptables du gouvernement». Il indique qu'en conséquence il n'appliquera pas le taux minimal de personnels qualifiés de 40%, mais continuera à maintenir des taux supérieurs à 50% en même temps que les actions de soutien à la formation du plan Petite Enfance. «Je forme le vœu que le gouvernement entende la protestation et retire son projet dans les plus brefs délais», conclut Claude Bartolone.

Philippe Pottiée-Sperry, G.G., avec l’AFP

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