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Social : 14/09/2009

«Écoeurement»

Le 1er septembre 2009, le tribunal correctionnel de Compiègne dans l'Oise a condamné six des sept ouvriers de l'usine Continental de Clairvoix pour le saccage de la sous-préfecture de Compiègne le 21 avril. Les peines prononcées vont de trois à cinq mois de prison avec sursis. Ces mêmes ouvriers comparaîtront devant un tribunal civil en novembre prochain, pour répondre des dégâts estimés à environ 50.000 euros.

L'article 322-1 du code pénal prévoit que « la destruction, la dégradation ou la détérioration d'un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende, sauf s'il n'en est résulté qu'un dommage léger », ce qui au vu des 50 000 euros de dommages estimés paraissait peu probable. L'article 322-2 du même code précise que cette infraction « est punie de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende (...) lorsque le bien détruit, dégradé ou détérioré (...) appartient à une personne publique ou chargée d'une mission de service public ». En l'espèce, les peines prononcées - rappelons que le sursis suspend l'exécution de la peine - paraissent donc « justes ».

Dès lors que faut-il penser des réactions de responsables politiques auxquels nous attachons, à tort ou à raison, des vertus d'exemplarité et de défense des valeurs républicaines ? Olivier Besancenot (NPA) par exemple s'est dit "écoeuré" devant cette "provocation", estimant que "le message du gouvernement avait été reçu". S'agit-il d'une insulte à l'indépendance de la justice ? Oui.

Arlette Laguiller (LO) a pour sa part jugé "inadmissible que les travailleurs paient alors que ce sont les dirigeants de l'entreprise qui ont ruiné un territoire". Cette appréciation confond-t-elle une décision de justice qui repose sur l'individualisation de la peine avec l'aspect social d'un conflit ? Vraisemblablement. Quant au porte-parole du Parti socialiste (PS), Benoît Hamon a exprimé la "pleine et entière solidarité du PS" à l'égard des salariés de Continental "condamnés injustement".

Et Benoît Hamon de poursuivre en jugeant "insensé" que "les voleurs en col blanc se voient quasi amnistiés et ne soient pas traduits devant la justice par le gouvernement alors que les cols bleus quand ils défendent leurs conditions d'existence se voient non seulement traduits en justice mais condamnés extrêmement sévèrement". M. Hamon méconnaît-il les dispositions du code pénal en cas d'atteinte aux biens d'autrui tout autant que la portée du sursis qui n'est pas une condamnation extrêmement sévère ? Probablement.

Le saccage de la sous-préfecture était incontestablement un geste de désespoir des « Conti », ce qui a précisément pu conduire les juges à ne prononcer que des peines de sursis. Alors fallait-il relaxer ces personnes au nom d'une immunité des « cols bleus » que ces mêmes responsables politiques abhorrent lorsqu'elle s'applique aux « cols blancs » ? Quel est le but poursuivi par les auteurs de ces réactions sinon celui de mettre de l'huile sur le feu et d'encourager les plus pauvres à saccager des symboles - réels ou imaginaires - de richesses confisquées ? Autant de discours qui traduisent une perte de valeurs et qui ne font qu'inciter les plus précaires à commettre l'irréparable. Avec les conséquences pénales que nous connaissons.

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