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SANTE PUBLIQUE : Décembre 2009
L'Association des maires de France mène depuis 2005 une campagne de sensibilisation à la santé mentale, bien relayée dans le Haut-Rhin.
Tous les trimestres, l'Association des maires du Haut-Rhin, qui fait partie du réseau de l'Association des maires de France (AMF), organise une conférence de sensibilisation à la santé mentale. Animées par des médecins psychiatres du centre hospitalier de Rouffach, ces séances d'information destinées d'abord aux élus et au personnel municipal sont aussi ouvertes au grand public.
« L'ampleur de ce sujet mal connu nous incite à nous adresser à la fois aux élus et à leurs administrés », indique Antoine Fabian, maire de Roderen (Haut-Rhin) et représentant de l'AMF au sein de l'agence régionale de l'hospitalisation (ARH). Chaque réunion offre aux professionnels de santé locaux l'occasion d'échanger des expériences et de tisser des liens avec le personnel municipal, mais aussi de rencontrer les familles des patients dans un autre contexte.
Mais, avec une fréquentation variant de 30 à 300 spectateurs, le succès de ces manifestations reste mitigé. « La maladie mentale demeure très taboue, surtout en milieu rural. Elle engendre beaucoup de rumeurs et de méfiance », constate le maire d'une commune de 800 habitants. L'incapacité de travail, qui touche 80 % des patients souffrant de schizophrénie, facilite l'amalgame entre difficultés sociales et maladie mentale. « Il faut lutter contre ce rejet, qui a des conséquences sur la vie quotidienne des patients et constitue un frein à l'insertion des personnes précaires soupçonnées d'être malades mentales, précise Antoine Fabian. La stigmatisation aggrave leurs problèmes sanitaires et relationnels. »
Face à la désinformation, voire au déni, les initiateurs de l'opération utilisent le cadre officiel des communautés de communes, maîtres d'œuvre des conférences qui se déroulent sur leur territoire. Le docteur Yann Hodé, qui les anime, constate que l'implication des élus permet d'attirer un public plus important. Conçue comme un travail de fond sur les mentalités, cette opération utilise la répétition et mise sur les médias locaux afin de contrebalancer les effets négatifs des faits divers associant maladie mentale et violence. Les services de l'hôpital de Rouffach ayant constaté que 75 % des articles de presse présentent la schizophrénie de manière négative, les organisateurs facilitent les rencontres entre journalistes locaux, soignants et éventuellement patients afin d'encourager des reportages dédramatisant les maladies mentales.
En lançant l'opération au niveau national en mars 2005, l'AMF, la Fédération nationale des associations d'usagers en psychiatrie, l'Union nationale des amis et familles de malades psychiques et le centre collaborateur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avaient joué la carte de la lutte contre les discriminations avec le slogan « Accepter les différences, cela vaut aussi pour les troubles psychiques ». « Malgré une large médiatisation, il a fallu du temps pour sensibiliser les élus : quand ils ne sont pas directement concernés par les décisions d'hospitalisation d'office, ils ne considèrent pas cette question comme prioritaire », regrette Antoine Fabian.
Si, selon l'OMS, 30 % de la population française souffre de troubles psychiques, ce problème est loin d'être considéré comme une urgence. « Nous recevons très peu de sollicitations au sujet de cette campagne qui se poursuit dans chaque département », précisait-on début novembre à l'AMF, où la démarche engagée par le Haut-Rhin est considérée comme pilote. -
Olivier Berthelin
: Janvier 2012
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