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SANTE : Novembre 2009

Prévenir le suicide de la personne âgée

Si le suicide des personnes âgées demeure tabou, des actions de prévention sont toutefois menées sur le terrain.

«Voilà. Nous avons fait notre temps. » Le 17 juillet 1998, l'ex-ministre Roger Quilliot, 73 ans, malade, se suicide. Sa femme, dont la tentative au même moment avait échoué, se donne finalement la mort en août 2005. Le 5 décembre 2002, la mère de l'ancien Premier ministre, Mireille Jospin, 92 ans, se suicide. « Elle ne fuyait pas la vie mais l'extrême vieillesse », dit d'elle sa fille Noëlle Chatelet (1).

Parfois qualifiés de « philosophiques », ces suicides médiatisés ont relancé le débat sur l'acharnement thérapeutique et le droit de mourir dans la dignité. Mais d'autres, nombreux et anonymes, témoignent dans l'ombre d'une réalité encore taboue. 2 848 des 10 127 suicides enregistrés en 2007 sont le fait de personnes de plus de 65 ans, avec un pic chez les 75-79 ans. Et encore, les décès consécutifs à un « syndrome de glissement », défini comme un renoncement à la vie, ne sont pas pris en compte.
Autre caractéristique : contrairement aux adolescents, chez qui une tentative sur 200 aboutit, le suicide des personnes âgées est rarement un appel à l'aide et débouche souvent sur la mort. Les moyens utilisés sont la pendaison, l'usage d'armes à feu ou le saut dans le vide chez les hommes, plus nombreux à se suicider que les femmes, qui ajoutent à ces méthodes les médicaments et la noyade.

Formation

Les facteurs déclenchants sont la perte du conjoint, la maladie, la peur de la dégradation et de la dépendance et, surtout, la dépression. « Elle cause une augmentation dramatique de la mortalité par suicide », constate le professeur Vincent Camus, psychiatre au CHU de Tours, qui vient d'accueillir le congrès de la Société de psychogériatrie de langue française (SPGLF) sur le thème « Dépression, suicide et vieillissement » (2) (lire l'encadré). C'est sur ce constat que s'organisent les rares actions de prévention ciblée, qui ont pour caractéristique commune de s'adresser aux professionnels placés en première ligne : soignants, aides-ménagères, assistants de service social, responsables de tutelle.
C'est le cas de la cellule de prévention des situations de détresse de la personne âgée de l'Ain, créée il y a dix ans par le centre médicopsychologique spécifique pour personnes âgées de Bourg-en-Bresse et l'Association d'action gérontologique du bassin burgien, gestionnaire du centre local d'information et de coordination gérontologique. « Nous sensibilisons et formons les professionnels de terrain, à domicile et en établissement, sur les facteurs de risque et les critères d'alerte du suicide chez la personne âgée, explique le docteur Pierre-Olivier Treille, psychiatre au sein de la cellule. Notre programme de formation de deux demi-journées s'inspire de celui du professeur Jean-Louis Terra, formateur national au repérage de la crise suicidaire. »

Réseau

Il s'agit d'apprendre à « entendre » les phrases des personnes âgées - « ma famille serait tellement mieux sans moi », « je me sens inutile, je suis trop vieille » - et de repérer les comportements annonciateurs que sont l'isolement, les troubles du sommeil ou de l'appétit. Et aussi les refus d'aide ou de soins, fréquents en institution, que la SPGLF dit « assez proches des demandes d'arrêt de traitement parfois exprimées par les patients atteints d'une maladie chronique ou cancéreuse ». La cellule a formé 250 professionnels et élaboré deux outils : le Guide de sensibilisation et de formation pour les professionnels et la Grille d'évaluation des situations de détresse, qui décline huit items destinés à évaluer le risque et quatre, l'urgence.
Dans l'Indre, « une enquête réalisée en 2003 par le conseil général, à l'aide de l'outil d'évaluation Galaad [3], auprès de résidants d'établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes [Ehpad], a conclu que plus d'un sur deux souffrait de troubles psychiques. Cela a été le déclic pour la création du réseau Etre-Indre », explique Christine Moreau, sa coordinatrice. Celui-ci réunit des acteurs institutionnels - Ddass, conseil général, Cram du Centre - et une cinquantaine de structures : trois centres hospitaliers, quatre hôpitaux locaux, un centre départemental d'hébergement, dix-sept Ehpad publics et privés, quinze services de soins infirmiers à domicile et onze structures d'aide à domicile. Soit des milliers de salariés.
Son champ d'intervention est la dépendance psychique, mais, en 2006, le groupement régional de santé publique lui a aussi demandé de relayer, spécifiquement pour les personnes âgées, sa priorité régionale de prévention du suicide. Christine Moreau cite un exemple fréquent : « Une personne âgée, dépressive, parle de la mort. Inquiète, l'équipe fait appel à nous. La psychologue ou moi-même rencontrons cette équipe et mettons en place une action globale d'écoute et d'accompagnement. Il ne s'agit pas d'une supervision de l'équipe, mais d'un partage. » Etre-Indre s'appuie aussi sur le travail du Théâtre du chaos, qui joue Un si bel automne, une pièce interactive écrite et créée dans un but de prévention de la dépression et du repérage de la crise suicidaire de la personne âgée.
A Poitiers, le CHU et le centre hospitalier spécialisé Henri-Laborit ont mis en place une prise en charge décloisonnée, présentée lors du congrès de la SPGLF, en septembre. « Les dépressions pour les psychiatres, les déments pour les gériatres : ce clivage a été le point de départ de la réflexion », commente le docteur Jean-Bernard Porcheron, psychiatre au CHS. Les deux établissements ont d'abord structuré les deux filières. Ensuite, grâce à la mobilité interne puis externe (gériatrique et psychiatrique), une équipe mobile extrahospitalière est en cours de constitution, qui aura des compétences en psychiatrie et en gériatrie.

Parcours de soins

Le but est d'améliorer l'offre de soins de proximité (domicile et Ehpad) et de recours (unités spécialisées d'accueil et de soins). Il est aussi de mettre à la disposition de la personne âgée malade un parcours de soins comportant deux entrées, l'une psychiatrique, l'autre gériatrique. « Mettre en œuvre cette complémentarité a demandé de clarifier les missions et le rôle de chaque acteur », indique le docteur Porcheron. L'agence régionale de l'hospitalisation de Poitou-Charentes a validé le projet de coopération entre les deux établissements et attribué un poste de médecin gérontopsychiatre, dans le cadre du plan d'actions régional « Prévention-promotion santé mentale 2007-2011 ».

Catherine Maisonneuve

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