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GRAND AGE : Janvier 2012
Pris en charge collectivement, le vieillissement des voyageurs reste peu visible. Mais l’accès aux dispositifs de droit commun se développe.
«Les responsables politiques commencent à prendre conscience des problèmes posés par le vieillissement des gens du voyage, mais cela reste très théorique. Dans les schémas d'accueil que les conseils généraux révisent actuellement, les actions sont rares », souligne Marc Depriester, cogérant de la coopérative-conseil Aures.En effet, la problématique reste difficile à saisir. « Les études épistémologiques sur la santé des gens du voyage sont peu nombreuses et anciennes. Cette population intéresse peu nos universitaires et nos médecins », constate, à Toulouse, le docteur Jean-Claude Guiraud, vice-président de la Fédération nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et les gens du voyage (Fnasat). « En outre, ce public n'est pas homogène et la grande majorité ne fréquente pas les aires d'accueil ni ne relève des services sociaux. »
Selon une étude réalisée par Médecins du monde au début des années 2000 auprès de plusieurs groupes de Tsiganes en Europe, l'espérance de vie au sein de la communauté était inférieure d'environ quinze ans par rapport à la population générale. « Les gens du voyage ne se rendent à une consultation que lorsque la maladie est installée et nécessite des thérapies lourdes. Mais cette attitude ne leur est pas spécifique », précise Françoise Arsac, médecin généraliste à Nyons (Drôme), qui compte dans sa clientèle des personnes nomades ou sédentaires.
Maintien à domicile
A ces facteurs s'ajoutent, pour de nombreuses familles, les conséquences de la précarité et de la marginalisation. « Mais les conditions de vie se sont nettement améliorées en France, depuis une dizaine d'années, notamment grâce à l'obligation d'aménager des aires d'accueil. Comme il n'est pas concevable pour cette communauté de placer un parent en maison de retraite, la question de l'accès aux dispositifs de maintien à domicile commence à se poser », note Françoise Rigal, chargée de mission sur ces questions au conseil général du Rhône. Difficile, cependant, d'obtenir davantage de détails sur le recours effectif à ces services dans les aires d'accueil. En effet, ceux-ci relevant du droit commun, aucun recensement particulier n'est effectué.
Sur le terrain, en tout cas, l'intervention des associations d'aide à domicile n'est pas toujours aisée. « L'exiguïté de la caravane rend parfois les soins difficiles. Mais nous voyons bien que rester vivre dans la caravane avec l'entourage familial est capital pour les personnes âgées », explique Françoise Rigal. « L'implication de la famille élargie constitue même une aide précieuse, car le patient ne reste pas isolé et les aidants se relaient, témoigne Françoise Arsac. Jusqu'à la fin, les anciens gardent une place active dans la vie de la famille. L'attention que leur portent leurs proches a un effet positif sur leur moral et retarde la perte d'autonomie. Même alités, ils restent au centre des attentions. »
Médiation
Les gens du voyage n'intégrant pas les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), ils représentent la catégorie de la population qui pèse le moins sur les dépenses publiques en matière de santé, constate Jean-Claude Guiraud. Cependant, l'éloignement des institutions et l'omniprésence de l'entourage ne sont pas toujours faciles à vivre pour les personnels soignants, qui éprouvent le besoin de recourir à des médiateurs.
Comme la plupart des structures spécialisées, le groupement d'intérêt public Accueil des gens du voyage en Ille-et-Vilaine (AGV 35) emploie une infirmière. « Ma tâche consiste à faciliter les relations entre les proches des personnes âgées et les soignants, lors des consultations dans les centres médicaux ou à domicile, explique Annie Egu. L'essentiel de mon travail vise à rassurer les uns et les autres pour éviter les incompréhensions, les réactions de peur des soignants suscitant de l'agressivité de la part de la famille » (lire aussi l'encadré ci-contre).
A Toulouse, deux terrains disposent de places réservées au stationnement des familles se relayant au chevet d'un malade admis au centre hospitalier régional. Lorsque les effectifs le permettent, une infirmière formée à la médiation accompagne l'équipe soignante et les proches. Mais, dans la plupart des communes, les dérogations pour des stationnements plus longs que la durée réglementaire sont parfois délicates à obtenir. « Lorsque cela concerne la scolarisation des enfants ou un problème de santé, elles sont faciles à justifier. En revanche, quand il s'agit de demander la présence de l'ensemble des enfants auprès d'un parent âgé qui ne peut plus bouger, cela devient épineux », reconnaît Thomas Zuckmeyer chargé de programmes chez Adoma (ex-Sonacotra, qui construit et gère des aires d'accueil).
Les collectivités et les gestionnaires d'aires d'accueil sont également de plus en plus nombreux à proposer un habitat adapté : la caravane tient lieu de chambre ; les sanitaires, la cuisine et le salon sont construits en dur. « Nous observions que certaines personnes âgées avaient moins envie de voyager, qu'elles étaient fatiguées, raconte Azim Qassemyar, chargé de mission gens du voyage à la communauté d'agglomération d'Orléans. Nous avons profité de la création d'une aire d'accueil à Fleury-les-Aubrais pour rénover un bâtiment. Un bailleur social y a aménagé trois logements destinés aux personnes âgées qui stationnaient régulièrement sur l'une des aires de l'agglomération. »
Loin d'être généralisés, ces « terrains familiaux » commencent à être pris en compte dans les schémas départementaux d'accueil des gens du voyage et dans les plans départementaux d'action pour le logement des personnes défavorisées. Alliant des caravanes et, selon les cas, des maisons en dur ou des constructions plus légères, ils proposent, dans le cadre du logement social locatif, ce qu'ailleurs, des voyageurs plus aisés, propriétaires de terrains, réalisent. Mais ces regroupements de plusieurs membres d'une même famille - parfois 15 à 20 caravanes - autour d'une personne âgée posent des problèmes de solvabilisation.
Bail
En effet, le financement des charges, la place de stationnement ou le bail reposent, bien souvent, sur l'« ancien ». « Des femmes âgées vivant seules se retrouvent avec des consommations d'eau et d'électricité supérieures à celles des familles présentes sur l'aire, car elles assument les charges liées au passage de leurs enfants », observe Fabien Parias, directeur, chez Adoma, des aires d'accueil en Gironde. « La responsabilité du bail ne peut pas être portée par une seule personne », analyse, de son côté, Azym Qassemyar.
Olivier Berthelin et Agnès Thouvenot
PROTECTION DE L'ENFANCE : Avril 2012
FAMILLES : Avril 2012
logement : Avril 2012
SANTE PUBLIQUE : Avril 2012
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CONSEIL GENERAL DE L'EURE
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