Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Etat des lieux | 29/04/2014

Une bouffée d’art frais dans les établissements

par Laetitia Darmon

Plaisir, estime de soi, image nouvelle... les bénéfices de la culture sont nombreux, tant pour les usagers que pour les établissements et leurs équipes. Malgré un soutien au niveau national, l'accès à cette manne reste inégal.

Email Email

Cet article fait partie du dossier:

L'accès à la culture à l'hôpital, un droit à promouvoir

voir le sommaire

Deux fois par mois, Annie Montreuil et Debora Di Gilio, deux conteuses professionnelles de la compagnie Astolfo sulla luna, se rendent auprès des enfants de quatre services de l’hôpital Necker (Paris). « Avec le pouvoir des mots, on pousse un peu les murs, on transporte les enfants ailleurs, vers le rêve, l’imaginaire. On les amène aussi à inventer des histoires, car c’est quelque chose que l’on peut faire même en étant allongé, ou sous dialyse ! » commente Annie Montreuil. Cette proposition artistique vient s’ajouter à nombre d’autres dans cet hôpital.

Voilà quinze ans que les pouvoirs publics encouragent l’entrée d’une offre culturelle de qualité à l’hôpital, grâce au programme national « Culture à l’hôpital ». Officialisé en 1999, celui-ci s’intitule désormais « Culture et santé » et s’adresse également aux structures médico-sociales. Porté conjointement par les ministères chargés de la Culture et de la Santé, il est piloté, en région, par les directions régionales des affaires culturelles (Drac) et les agences régionales de santé (ARS). Chaque année, ces dernières lancent des appels à projets et accordent des subventions, afin que tous – patients et résidents, familles, professionnels – accèdent à la culture et aux pratiques artistiques.

Valorisation personnelle

Cependant, ces activités ne s’envisagent pas sous l’angle des soins, comme c’est le cas de l’art-thérapie. « L’intervenant doit être un artiste et son objectif n’est pas thérapeutique, mais artistique », précise Laetitia Mailho, chargée de mission « culture et santé » à l’ARS Ile-de-France. En outre, indique la convention « Culture et santé » signée le 6 mai 2010, « la culture, comme vecteur de valorisation personnelle, professionnelle et sociale, est considérée comme une contribution à la politique de santé, qui accorde une place nouvelle à l’usager ». « Les patients redeviennent des personnes à part entière », se réjouit Laetitia Mailho.

A Beuvry-la-Forêt (Nord), l’Ehpad résidence Les Tilleuls a conduit deux projets – l’un en 2012, l’autre en 2013 – avec le photographe Yves Cordonnier. L’intérêt premier a été de valoriser les résidents, qui ont, avec l’artiste, pris le temps d’évoquer des moments de leur histoire et se sont laissés prendre en photo. Aujourd’hui, de grands tirages ornent les couloirs de l’Ehpad et laissent une trace de leurs vies passées. Par-delà le renforcement de l’image, abîmée par l’âge, que les usagers ont d’eux-mêmes, le responsable de la résidence, Christophe -Gardener, note des effets positifs sur les équipes : « L’intérêt pédagogique est indéniable ; l’expérience les a conduits à cesser de regarder les résidents uniquement comme des objets de soins, ce qui arrive malheureusement du fait du rythme de travail très intensif. » Le second projet, lui, était davantage tourné vers l’extérieur : à partir d’anciennes photos et de citations des résidents, le photographe a réalisé une grande frise, La Fleur de l’âge, qu’il a accrochée sur les murs de la résidence et sur le pignon de la mairie. L’œuvre a permis de créer du lien entre l’Ehpad et la cité, et de véhiculer une image différente, tant de l’institution que des personnes âgées.

Malgré ces bénéfices, qui reviennent dans tous les récits de ceux qui ont suivi de telles initiatives, beaucoup reste à faire pour que l’accès à la culture des usagers des établissements sanitaires, sociaux et médicosociaux soit garanti.

D’un lieu à l’autre, la prise de conscience et les moyens varient considérablement ; les transpositions régionales du dispositif « Culture et santé » également. Quant à l’ouverture du programme au secteur médicosocial, elle est loin d’être actée partout. En Ile-de-France, par exemple, elle bute sur une réalité, regrette Laetitia Mailho : « Avant de prétendre nous attaquer aux 2 000 structures médico-sociales, avec la Drac, nous essayons d’asseoir notre action dans le champ sanitaire. Nous n’avons ni les moyens humains ni les moyens financiers de faire autrement. » Quant au secteur social, il ne bénéficie encore d’aucun programme national clairement identifié pour développer l’accès à l’art des plus démunis, même si des travaux sur le sujet sont menés avec le ministère de la Culture.


Témoignage

« Il faut étendre les possibilités de plaisir des personnes »

Valérie Martel, danseuse, responsable des projets de la compagnie ACM Ballet en milieu hospitalier

« Notre but premier est d’apporter du plaisir par la danse. Nous nous produisons dans les chambres, en costumes, avec des chorégraphies sans cesse renouvelées. La compagnie a toujours refusé de proposer des ateliers, parce que cela ne nous correspond pas. Mais également parce que nous considérons que certaines personnes aiment participer ; et d’autres, regarder. Il faut étendre les possibilités de plaisir des personnes, sans opposer ces deux modes d’intervention, qui ont chacun leur sens. En outre, en n’exigeant rien, on peut parfois toucher beaucoup plus de monde, notamment les plus fragiles. »

 

Juridique

Un volet inscrit dans la loi

« Les contrats [pluri-annuels d'objectifs et de moyens] des établissements publics de santé décrivent les transformations relatives à leur organisation et à leur gestion. Ils comportent un volet social et culturel », dispose l’article L.6114-3 du Code de la santé publique.

 

Handicap

Deux métiers aidés pour accompagner vers la culture

Les ateliers artistiques sont bien développés dans les établissements pour personnes handicapées. Mais il manque aux usagers la possibilité d’aller voir le film ou l’exposition dont ils ont envie. Désormais, deux métiers en contrat aidé (CUI-CAE ou emploi d’avenir) s’adressent à des professionnels de la culture, qui reçoivent une formation au handicap. « Le médiateur culturel » travaille sur le projet individuel de l’usager et fait le lien avec les structures artistiques pour les rendre plus accessibles. Le second, « l’accompagnateur culturel », sert de traducteur à des publics déficients intellectuels ou visuels, pour les aider à mieux percevoir une œuvre. Le dispositif est expérimenté en Ile-de-France, Picardie et Nord-Pas-de-Calais.


Chiffres Clés

260 000 euros, tel est le cofinancement, en 2013, du programme « Culture et santé » par l'ARS et la Drac, en Ile-de-France. Soit 29 actions financées sur 48 candidatures.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>