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Santé publique | 29/04/2014

Institut Gustave-Roussy de Villejuif : créer pour oublier le cancer

par Laetitia Darmon

Pour permettre aux patients de s'évader, le centre de lutte contre le cancer développe notamment plusieurs ateliers pour les enfants et les adultes. Et ce, même en milieu stérile.

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L'accès à la culture à l'hôpital, un droit à promouvoir

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Voilà vingt ans qu’à Villejuif (Val-de-Marne), l’institut Gustave-Roussy, spécialisé dans le traitement des cancers, propose aux enfants hospitalisés un atelier d’arts plastiques, trois fois par semaine. Une véritable institution au sein de l’établissement. Depuis quelques années, les activités, étendues aux adolescents et aux adultes, se sont diversifiées : calligraphie, création musicale, écriture… « Ce dernier atelier s’est interrompu, mais il va sans doute reprendre : il était particulièrement adapté aux patients accueillis en service d’hématologie, dans des lieux stériles », indique Nathalie Renvoisé, chef de projet du programme de l’établissement « Meux vivre le cancer », dont l’un des axes forts est précisément l’art à l’hôpital. Enfin, grâce à des financements associatifs, l’institut a pu acheter un piano qui trône sur le grand plateau de consultation. De la sorte, un jeudi sur deux, la musique s’invite à 15 heures dans cet espace où règne généralement l’anxiété. « Les concerts peuvent être donnés par des patients musiciens, des membres de leur famille, ou des amateurs ou des professionnels extérieurs, tous bénévoles. Ils constituent des moments d’évasion pour ceux qui attendent parfois plusieurs heures leur consultation, ou leurs résultats d’analyse », constate la chef de projet.

Autre univers

Nathalie Renvoisé insiste : ces propositions ne relèvent pas de l’art-thérapie. « Au contraire, l’objectif est d’offrir aux patients quelque chose qui les sorte complètement des soins : une expérience artistique, émotionnelle, sensorielle, pour leur faire oublier leur statut de patient et leur permettre de s’exprimer. » Et d’estimer que parmi tous les axes du programme « Mieux vivre le cancer » – de la socioesthétique aux activités sportives, en passant par la sophrologie et la relaxation -, l’art remplit le mieux ce rôle, par sa capacité « à projeter vraiment les patients dans un autre univers ».

De la même manière, la culture modifie le regard porté sur les patients. Ainsi, durant deux ans, l’institut a obtenu un financement de l’agence régionale de santé (ARS) et de la direction régionale des affaires culturelles (Drac) d’Ile-de-France pour monter un programme pluriel intitulé « Les mots impatients ». Des textes ont été rédigés par des enfants et des adultes dans le cadre de l’atelier d’écriture, avant d’être répétés et joués par les participants de l’atelier de théâtre, puis accompagnés en musique par des élèves du conservatoire de Villejuif, avec lequel l’institut avait établi un partenariat. « Cette belle expérience a permis de porter la parole des patients hors de l’hôpital, et même d’oublier que ces textes avaient été écrits dans un cadre de soins », se réjouit Nathalie -Renvoisé. Parallèlement à ces pratiques, la chef de projet souhaite désormais développer des partenariats avec des institutions culturelles, pour que des artistes viennent se produire à l’hôpital.

« Un temps précieux à respecter »

Laïlah Simonds, artiste chargée de l’atelier d’arts plastiques en pédiatrie à l’institut Gustave-Roussy

« Les enfants viennent à l’atelier quand ils en ont envie. Je leur propose des projets collectifs : en mars, nous avons organisé une exposition temporaire de gravures et nous allons bientôt décorer la salle d’attente du service de radiothérapie. Les enfants ont également accès à une grande bibliothèque de livres d’art. C’est une ouverture sur des mondes imaginaires, sur la culture, et aussi sur des zones inattendues d’eux-mêmes. Quand les soignants s’aventurent à l’atelier, ils sentent combien l’atmosphère y est calme, combien c’est un temps précieux qu’il faut respecter. L’équipe infirmière fait d’ailleurs en sorte de ne pas nuire à la création, en évitant le plus possible de caler les rendez-vous médicaux à ce moment-là. Je me sens très soutenue. Je suis également conviée à me joindre aux soignants, lors de la transmission d’informations. C’est important pour moi de savoir si un enfant est en fin de vie : cela ne change rien à ma manière de m’adresser à lui – chacun est là en tant qu’élève -, mais m’aide à me préserver un peu. »

Repères

En 2012, l’institut Gustave-Roussy a reçu le label « Culture et santé en Ile-de-France » décerné par l’ARS et la Drac Ile-de-France. Les actions sont financées par des associations (La Ligue contre le cancer notamment), des legs, parfois par un département de l’hôpital.

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