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Le mot du social | 23/12/2016

M comme modernisation

par Nathalie Levray
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Les mots ont une vie sociale et, pour certains, une vie politique. La modernisation est à l’œuvre dans moult domaines comme la santé, le droit et les procédures, la famille et l’État, le dialogue social, etc. Une antienne pour éponger les dettes, surmonter les crises, satisfaire une catégorie sociale, dépenser moins, etc. La modernisation est « l’action » de son suffixe et le « rendre moderne » de son radical. Elle traduit l’adaptation au temps présent et parle d’un modèle de société en phase avec de nouvelles mœurs ou de nouveaux usages.

L’actualisation, la remise à neuf, en réponse aux évolutions. La restauration, la rénovation, la refonte, la réforme, pour améliorer en modifiant. La régénération ou le rajeunissement qui ne change rien, sauf l’apparence. Le renouvellement, qui évoque le changement complet.

Pourquoi choisir ce mot quand d’autres termes conviennent tout autant ? La modernisation est « a priori connoté[e] positivement », et reflète l’« idée de progrès de l’humanité », remarque ­Dominique Wolton. Dès lors, « qui pourrait être contre ? », demande Jean-Pierre Le Goff.

Processus enclenché au XIIIe siècle, la modernisation est un bouleversement lié aux progrès techniques, à la révolution industrielle, à la diffusion des idées. Elle ne se décrète pas, ni ne se planifie. Son emploi par les politiques ou dans les lois de la République souligne une idéologie sous-jacente. Le premier rapport du Commissariat au plan (1946) retient que « la modernisation n’a d’alternative que la décadence ».

Jean Monnet la caractérise comme « un état d’esprit ». C’est la rationalité et l’efficacité, « la meilleure adaptation possible à une conjoncture et à une évolution qui dépassent [le pouvoir actuel] », note Dany-Robert Dufour. « Gigantesque tropisme » pour celui-ci, la modernisation se rapproche d’une « domination qui frise l’auto-servitude » selon la formule de Castoriadis. La « tyrannie sans tyran » d’Hannah Arendt ?

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