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Culture | 03/01/2017

Au Maroc, l’art fait une timide entrée à l’hôpital

par Rouja Lazarova
drapeau Maroc-UNE © Railwayfx-Fotolia

Dans un pays où les traditions pèsent lourd, la culture aide à dépasser les peurs. Mais outre le manque de financement, les freins viennent surtout de la société civile.

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L'accès à la culture à l'hôpital, un droit à promouvoir

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La politique « Culture et santé », mise en œuvre au centre hospitalier universitaire (CHU) de Marrakech, est le fruit d’une rencontre entre les équipes de l’hôpital psychiatrique Ibn Nafis et le psychiatre franco-marocain Said Fattah du CH de Rouffach, en Alsace. Ce dernier les sensibilise à l’impact positif que peut avoir la culture sur les patients et sur l’hôpital. « La culture comme expression de l’individualité et de la créativité », précise-t-il. Car dans ce pays, les traditions dressent un vrai obstacle aux soins. « On y considère encore les malades mentaux comme habités par des esprits, des « djinns ». Alors, au lieu de les orienter vers l’hôpital, leurs proches les amènent voir des marabouts », s’alarme Said Fattah.

Convention entre les hôpitaux marocains et français

Début 2013, une convention est signée entre les établissements marocain et français. Suivant l’exemple français, le CHU de Marrakech signe une convention avec la direction régionale de la culture de Marrakech, malheureusement dépourvue de volet financier. « Nous nous appuyons sur le tissu associatif et le bénévolat. Nous avons lancé un appel à projets auprès des associations culturelles de Marrakech et nous en avons retenu sept », confie Jihan Qodad, administratrice divisionnaire au CHU ((Contact : Jihan Qodad, administratrice divisionnaire, +212 5 24 29 83 15.)).

Le volet culturel est doublé par un programme de psycho-éducation en direction des familles, délivré par l’association Chams (Rayon de soleil). « Nous les sensibilisons aux particularités de la maladie mentale, nous les aidons à dépasser les peurs, et la ‘‘hchouma’’, la honte dont ils souffrent », affirme Aïcha Belarbi, présidente de l’association.

L’hôpital, un lieu de soins avant tout

La direction du CHU a étendu le dispositif « Culture et santé » au centre d’oncologie et hématologie (COH) ainsi qu’à l’hôpital « mère-enfant ».

Une bibliothèque a été créée, des chariots avec des livres pour enfants et adultes circulent entre les services.

Des humoristes et des clowns viennent égayer les patients. Des peintres animent des ateliers de peinture, et les œuvres sont ensuite exposées dans les couloirs.

D’autres sont illettrés – pour eux, c’est surtout les arts visuels qui ont de la valeur. « Parfois, les mamans des enfants malades mettent la main à la pâte. Cela apporte de la bonne humeur et fait oublier la maladie », confie Siham Moutassaddiq, infirmière cadre au COH, référente du dispositif.

Les freins viennent parfois des patients ou de leurs proches – en un mot, de la société civile – pour qui l’hôpital reste un lieu de soins. « Lorsque nous avons invité des musiciens, quelques visiteurs se sont indignés. Ainsi, la musique s’est-elle faite la plus douce possible. »

« Le taux de rechutes a considérablement diminué » – Mohamed El Habib Bellakha, infirmier polyvalent, surveillant général à l’hôpital psychiatrique Ibn Nafis

« Nous avons créé un centre psychothérapique du jour, en septembre 2013. C’est là que se tiennent la plupart des activités culturelles. Elles permettent la prise en charge globale des personnes hospitalisées et facilitent leur réinsertion sociale. Nous les orientons surtout vers les patients qui ont un avis de sortie. L’objectif de l’atelier de lecture de contes est de les amener à discuter, les ateliers de peinture leur permettent de s’exprimer au travers des couleurs et des formes. Nous organisons aussi des ateliers de poterie, en collaboration avec le complexe artisanal de Marrakech, ce qui nous permet d’exposer les œuvres. Ce qui est très positif, c’est que les patients reviennent à l’hôpital pour les ateliers, accompagnés par un proche. Leur image au sein de la famille change, parce qu’ils sont actifs. Depuis que nous menons une politique culturelle, le taux de rechutes a considérablement diminué. »


Chiffres Clés

CHU Mohammed VI de Marrakech :

  • 584 lits au centre chirurgie et urgences.
  • 220 lits à l'hôpital psychiatrique Ibn Nafis.
  • 247 lits à l'hôpital mère-enfant.
  • 86 lits au centre d’oncologie et hématologie.
  • 409 lits à l'hôpital Ar Razzi.
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