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PROFESSIONNELS DE SANTE | 05/02/2013

Les blocs opératoires en mal d’infirmiers qualifiés

par Laetitia Darmon

Faute d’infirmiers spécialisés, la sécurité des soins dans les blocs opératoires serait compromise. Les organisations professionnelles se mobilisent.

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Les infirmiers : une profession en quête de reconnaissance

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Voilà des années que les associations professionnelles des infirmiers de bloc opératoire diplômés d’Etat (Ibode) tentent d’alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur la dégradation de la sécurité dans ces lieux à haut risque que sont les blocs. Alors même que la chirurgie est de plus en plus spécialisée et requiert des matériels toujours plus complexes, les Ibode sont très fréquemment remplacés par de simples infirmiers diplômés d’Etat (IDE), formés ni à la chirurgie, ni à ses gestes, ni à la gestion des risques au bloc.

Réglementation

« Il est vrai que certaines opérations sont plus simples que d’autres, mais il faut savoir réagir en cas de complication », avertit la présidente de l’Union nationale des associations d’Ibode (Unaibode), Brigitte Ludwig. Certes, la pénurie d’infirmiers et les contraintes financières des établissements de soins – qui hésitent à investir dans la formation – sont largement en cause. Mais un autre élément explique cette situation : la réglementation, qui n’exige que le diplôme d’IDE pour exercer en bloc opératoire.

Les infirmiers eux-mêmes ne sont guère incités à consacrer dix-huit mois à se former, compte tenu du manque d’attractivité du métier. « La différence de salaire est minime », signale la présidente de l’Association des enseignants des écoles d’infirmiers de bloc opératoire (AEEIBO), Aline Dequidt. Par ailleurs, le diplôme d’Ibode n’est toujours pas reconnu au niveau master 2, même si une réforme est en cours. Pas étonnant, dès lors, que les formations ne fassent pas le plein. « Seuls 300 IDE suivent actuellement le cursus d’Ibode, soit environ 40 % de la capacité d’accueil des écoles », poursuit Aline Dequidt.

Témoignage

« Des chirurgiens distraits par les lacunes des personnels »

Bernard Lenot, chirurgien et président du Syndicat des chirurgiens hospitaliers (SCH)

« Des événements indésirables graves [EIG] surviennent dans les blocs, du fait de l’introduction d’infirmiers non formés. Bien sûr, c’est toujours le chirurgien qui commet l’erreur, mais ces EIG se produisent en partie parce qu’il est distrait par les lacunes grandissantes de ces personnels. Non qu’ils soient incapables, mais ils sont placés dans des situations complexes sans formation pour les affronter. Cela oblige le chirurgien à garder un œil sur ce qui se passe autour de lui, au lieu de rester concentré sur ses gestes. Il faut sans cesse dire ce que nous faisons, et ce dont nous avons besoin, pour être sûr d’obtenir le bon matériel. Un peu comme un pilote qui devrait expliquer aux hôtesses leur métier, en plein atterrissage… Seuls les Ibode devraient être autorisés à participer à une intervention chirurgicale. »

Actes exclusifs

Pour y remédier, l’AEEIBO et l’Unaibode souhaitent faire inscrire dans la loi une liste d’actes qui seraient exclusivement pratiqués par les Ibode, toujours sur prescription du chirurgien. « Par exemple, des actes d’aide opératoire plus poussés qu’aujourd’hui, ou la suture d’une paroi en fin d’opération, avance Brigitte Ludwig. Cela tirerait les Ibode vers le haut et reviendrait à reconnaître l’expertise des professionnels que nous sommes. » L’an dernier, la Fédération des spécialités médicales (FSM) s’est prononcée en faveur de tels actes exclusifs ; et en décembre, un groupe de travail s’est réuni pour la première fois, sous l’égide du ministère de la Santé.

Un autre enjeu consiste à faciliter l’accès des infirmiers à cette qualification. A ce jour, les jeunes diplômés sont obligés de travailler pendant deux ans avant de pouvoir suivre la formation d’Ibode. Le délai crée du turn-over, alors qu’un certain nombre de jeunes seraient prêts à se spécialiserUn délai problématique pour les établissements. « Cela crée de la discontinuité, du turn-over, alors même que l’on peine à recruter. Pourtant, un certain nombre de jeunes seraient prêts à se spécialiser », poursuit Brigitte Ludwig, qui plaide pour la suppression de ce délai.

Depuis quelque temps, le ministère de la Santé annonce par ailleurs la mise en place d’une validation des acquis de l’expérience (VAE) pour les infirmiers faisant fonction d’Ibode. Des réunions ont eu lieu avec les organisations de professionnels de bloc opératoire pour créer les référentiels nécessaires, mais la réforme n’est toujours pas actée. « De ce fait, nombre d’employeurs l’attendent, plutôt que d’envoyer leurs infirmiers en formation », explique Aline Dequidt. Composition des équipes, qualification, valorisation : les Ibode se battent sur tous ces fronts à la fois. « Le ministère commence à nous écouter, reconnaît Brigitte Ludwig. Mais ce n’est pas gagné. »

Formation

La formation d’infirmier de bloc opératoire diplômé d’Etat (Ibode) dure 1.500 heures. Elle s’effectue après les études d’infirmier et une expérience professionnelle d’au moins deux ans. Elle permet d’acquérir les savoirs nécessaires sur les techniques chirurgicales, l’environnement technique des blocs opératoires, les matériels et matériaux utilisés lors des actes, ainsi que l’hygiène en contexte opératoire.

Retrouvez cet article dans le numéro 93 de février 2013 de la Gazette Santé-Social

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