Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

Professionnels de santé | 07/03/2013

«Savoir se remettre en question» – Bonnie Tickridge, infirmière

par Guillaume Garvanèse

L’accompagnement des personnes en souffrance en France comme à l'étranger constitue le fil rouge de la carrière de Bonnie Tickridge.

Email Email

Cet article fait partie du dossier:

Les infirmiers : une profession en quête de reconnaissance

voir le sommaire

C’est à l’occasion d’une présentation des actions menées par Médecins sans frontière (MSF), à la fin des années 80, que Bonnie Tickridge attrape « le virus de l’humanitaire ». Une chance pour cette étudiante qui ne se voyait pas faire carrière dans un centre hospitalier. En 1990, son diplôme d’infirmière en poche, Bonnie Tickridge enchaîne avec une formation de médecine tropicale. « Pour postuler auprès d’une organisation non gouvernementale (ONG), un diplôme et une expérience étaient obligatoires. Alors, j’ai travaillé la nuit et étudié le jour » se souvient-elle.

La perspective de partir en mission l’aide à tenir le rythme pendant trois ans. Chirurgie, réanimation néo-natale ou oncologie pédiatrique, c’est au sein de services hospitaliers « lourds » que Bonnie Tickridge va bâtir son expérience. « C’était parfois psychologiquement dur, mais j’aime beaucoup travailler avec les enfants et j’avais besoin de me confronter à ces situations particulières » confie-t-elle. Cela lui permet en outre d’acquérir de la technique et de l’assurance dans les gestes. Autant d’atouts qui lui seront utiles par la suite.

En 1992, l’opportunité de partir trois mois en Somalie avec Médecins du monde se profile. Une expérience qu’elle renouvelle début 1993 avec Médecins sans frontière. Somalie encore, puis Djibouti, Burundi, Rwanda, Sierra Leone… Les missions s’enchaînent pendant quatre ans. Très vite, elle devient coordinatrice d’urgence. « Mon travail consistait alors à évaluer la faisabilité de monter des programmes médicaux dans certaines zones géographiques. » Elle touche alors au coeur de son engagement : « J’ai vécu des situations où tout tourne autour de la vie, de la mort et de la souffrance. C’est à ce moment que j’ai vraiment eu le sentiment de toucher à l’essentiel, que notre action prenait tout son sens. »

En 1997, celle qui a connu son premier voyage à l’âge de trois ans en traversant la Manche avec son père ressent le besoin de poser ses valises, de sortir un peu de cette frénésie sans pour autant quitter l’ONG. Elle accepte un poste au siège de MSF à Paris, au sein des ressources humaines. « Ce travail était très intéressant car j’étais chargée de monter des équipes de terrain » se souvient-elle. Début 2004, elle intègre le bureau de New-York comme directrice du département des ressources humaines et des opérations de terrain.

Ne pas tomber dans le piège du confort

Les routes de Bonnie Tickridge et de MSF se séparent au bout de 15 ans. L’aventure se poursuit à Genève où l’infirmière s’installe. « A ce moment, j’avais l’impression d’avoir fait le tour. Et surtout, je ne voulais pas tomber dans le confort d’un poste ; j’avais plutôt le désir de me confronter à quelque chose de nouveau » confie-t-elle.

Relever de nouveaux défis, Bonnie Tickridge s’y attèle dès 2007. Elle met à profit une année de chômage pour suivre une formation de coaching. En 2008, elle rejoint Oseo (Oeuvre suisse d’entraide ouvrière) comme responsable de programme au bureau de l’intégration des étrangers. « J’accompagnais les demandeurs d’emploi dans leurs démarches, je négociais avec les entreprises pour leur trouver un stage et j’étais chargée de l’évaluation de ce stage » explique-t-elle. Une démarche d’autant plus importante qu’en Suisse le stage compte beaucoup dans l’expérience professionnelle et dans les perspectives de trouver un emploi.

L’année 2010 marque le retour en France de celle qui va prendre résidence à Pouliguen, une petite ville de 5000 habitants en Loire-Atlantique. Bonnie Tickridge exerce alors comme infirmière dans une clinique psychiatrique. « Je n’ai pas reçu de formation en psychiatrie, mais cette discipline m’attirait beaucoup car c’est un champ très complexe. Les personnes malades subissent un véritable enfermement mental ainsi qu’une forme d’exclusion, même par leurs proches » assure-t-elle. Une nouvelle fois Bonnie Tickridge trouve un défi auquel se confronter et la possibilité d’accompagner des personnes exclues, en marge. « C’est une manière pour moi de me remettre en cause. Cette insécurité permanente me permet de donner le meilleur de moi-même » justifie-telle.

Le peu de goût pour le cadre hospitalier qu’elle avait exprimé au début de sa carrière resurgit au bout de deux ans à peine ; l’infirmière quitte la clinique en 2012. Cette fois, c’est elle qui ressent l’enfermement : « Je n’ai pas retrouvé la liberté dont je jouissais à MSF. J’ai été confrontée à un vrai manque de marge de manoeuvre. »

Dans le même temps, sa seconde passion, le cinéma, la conduit à rejoindre les équipes du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL). Projectionniste bénévole dans un cinéma d’art et d’essais, Bonnie Tickridge découvre les missions du CGLPL lors de la projection du documentaire de Stéphane Mercurio, « A l’ombre de la République ». « Ses valeurs et ses principes d’indépendance faisaient écho avec mon parcours et mes convictions » confie-t-elle. Elle rejoint l’équipe de Jean-Marie Delarue le 1er février 2013 en tant que contrôleur externe. C’est pour elle « une nouvelle aventure et de nouvelles découvertes ».

Thèmes abordés

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>