Site d’information destiné aux acteurs sanitaires et médico sociaux

SANTÉ PUBLIQUE | 01/03/2013

Médicaments : une crise de confiance préjudiciable

par GazetteSanteSocial

François Bourdillon, Chef du pôle « santé publique, évaluation et produits de santé » au sein du groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière Charles-Foix

Email Email

Les affaires du Mediator et des pilules de 3e génération ; le Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux cosigné par les professeurs Philippe Even et Bernard Debré ; la liste des « médicaments à écarter   » publiée dans le numéro de février de la revue Prescrire… ont semé le doute sur les médicaments, et la suspicion sur les instances administratives de contrôle, au premier rang desquelles la commission d’autorisation de mise sur le marché. Quant aux entreprises du médicament, elles sont considérées comme étant plus soucieuses de leurs résultats financiers que de la santé des personnes malades, alors même qu’une de leurs missions est de découvrir des principes actifs pour mieux soigner.
Pourtant, les médicaments sont un bien commun qui contribue quotidiennement à sauver des vies. Le XXe siècle a été le siècle des découvertes majeures ayant transformé le pronostic de nombre de maladies : traitements antibiotiques, antirétroviraux, cardiologiques, neurologiques, neuroleptiques, anesthésiques ou produits contraceptifs… leur efficacité ne fait aucun doute.
La dégradation de l’image des médicaments est inquiétante, car la perte de confiance qu’elle entraîne aura un impact sur la qualité de la prise en charge des personnes malades, en particulier de celles atteintes de maladies chroniques.

Révélateur.

Ces crises révèlent les dysfonctionnements de la gestion du risque en matière de sécurisation du médicament : le dispositif laisse sur le marché des produits dont l’efficacité n’est pas prouvée, ou dont le rapport bénéfice-risque est moins favorable que celui d’autres produits, voire il n’a pas été évalué.
Ces crises sèment le trouble sur la probité des industriels. Ces derniers promeuvent leurs médicaments au-delà du strict cadre de l’autorisation de mise sur le marché obtenue pour le produit et amènent les médecins à outrepasser les recommandations de bonnes pratiques professionnelles : par exemple, en prescrivant des pilules de 3e génération en première intention, alors qu’elles ne doivent être proposées qu’en seconde intention.
Ces crises représentent également des opportunités de réforme, car leur gravité permet aux politiques de s’en emparer et de faire évoluer le dispositif de sécurisation du médicament, comme l’illustre la loi du 29 décembre 2011 (1) affirmant les principes de transparence et d’impartialité.
Cependant, nombreux sont ceux qui s’inquiètent de la fragilisation de notre système d’expertise et souhaitent qu’une nouvelle étape soit franchie en matière de pharmacovigilance.

S’il était nécessaire d’établir les liens susceptibles de générer des conflits d’intérêts, le dispositif de déclaration ne doit pas aboutir à se priver des meilleurs experts. Le fait que quelques-uns franchissent la ligne jaune ne doit pas jeter l’opprobre sur l’ensemble des experts qui, dans leur très grande majorité, ont un sens aigu du service public lorsqu’ils sont sollicités par les agences sanitaires. En outre, il s’agit de valoriser l’expertise, d’un point de vue financier mais aussi académique, afin que cet investissement soit intégré à l’évolution des carrières.
Notre système de pharmacovigilance, fondé sur la notification des effets indésirables, s’avère insuffisant. Bien sûr, il faut continuer à le promouvoir et à le soutenir ; inciter les professionnels de santé, voire les patients, à déclarer les événements graves, inattendus. Cependant, il convient également d’enrichir ce système d’une pharmaco-épidémiologie qui s’assure du respect des recommandations de bonnes pratiques ; qui croise les diagnostics et les prescriptions, grâce aux outils informatiques ; qui demande aux industriels de suivre leurs médicaments mis sur le marché… Ainsi pourra-t-on, en amont, identifier les effets indésirables des médicaments ou mener des études, en cas de doute ou d’alerte notifiée spontanément.
D’une part, il importe d’agir auprès des professionnels de santé, dans une démarche de formation à la « juste prescription   », à la notion de bénéfice-risque et à la vigilance ; d’autre part, il faut reconstruire des relations de confiance avec les industriels du médicament.
Cette crise ne pourra être traitée qu’en associant l’ensemble des acteurs : médecins, pharmaciens, associations de patients, industriels, responsables des médias… dans une logique de responsabilisation de chacun, et non de suspicion.

Note (01)

Loi n °  2011-2012 relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé - Retourner au texte

Thème abordé

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>