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MÉTIERS | 01/10/2013

Populariser la formation tout au long de la vie

par GazetteSanteSocial

Fabrice Gutnik, Président de l’Association française pour la réflexion et l’échange sur la formation (Afref)

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Prévus dans la réforme de la formation professionnelle annoncée pour janvier, le compte personnel de formation, la portabilité des droits, la territorialisation, la politique de formation et le développement du dialogue social dans l’entreprise alimentent les chroniques quotidiennes de la presse. Pourtant, ces débats très animés ne parviennent pas à s’inscrire dans « la fabrication d’un bien universel » (1), pour reprendre le titre de l’un des articles de la sociologue Lucie Tanguy. Les ambitions initiales de la réforme, que le président de la République, dans son discours de Blois en janvier, souhaitait « ambitieuse », oscillaient entre deux problématiques : la formation comme levier de compétitivité économique et social et ce qu’il faut bien considérer désormais comme l’économie de la formation, l’idée commune et parfois caricaturale, selon laquelle on peut faire plus avec moins pour éduquer et former tout au long de la vie.
C’est que la formation professionnelle ne se porte pas bien. Et sur ce point, chacun semble s’accorder. Loin des seuls débats gestionnaires, il y a désormais urgence à réhabiliter le projet politique qui consiste à favoriser la justice sociale, en brisant la reproduction des inégalités et, en cela, à renouer avec la modernité du projet politique d’émancipation de l’éducation populaire. Pour mémoire, Jacques Delors, le père de la loi du 16 juillet 1971 portant organisation de la formation professionnelle continue dans le cadre de la formation permanente, déclarait, en 1976 : « Mon espoir était que cette tradition de culture populaire qui n’avait pas su trouver dans notre pays les moyens financiers, le soutien nécessaire de l’Etat, aurait sa relance assurée grâce à la politique de formation permanente. » Mais quelles conditions satisfaire pour rendre ce projet politique populaire ?

Priorité.

Rendre l’éducation et la formation tout au long de la vie populaires, c’est d’abord prendre garde à ne pas, malgré nous, porter la réforme contre le peuple. Concrètement, l’émergence du métier de conseil en évolution professionnelle – dans le cadre de la rénovation du service public de l’orientation qui accompagne la mise en place du compte personnel de formation – ne doit pas conduire au divorce des dimensions économiques et sociales de la gestion des parcours individuels ni à ce que le sociologue Robert Castel désignait comme « l’individualisme négatif »… De ce point de vue, je rejoins volontiers le député Michel Ménard, lorsqu’il écrit que « la capacité de la société à accompagner l’éducation des jeunes et à favoriser leur accès à l’autonomie est aujourd’hui un enjeu prioritaire » ; le rôle et les moyens d’action des associations de l’éducation populaire devraient faire l’objet d’une courageuse revalorisation, sur la base de ses récentes propositions (2).
Rendre l’éducation et la formation tout au long de la vie populaires, c’est ensuite mener une réflexion sans concession sur l’identité du groupe professionnel des métiers de la formation. Les débats engagés sur ce sujet doivent conduire à la revalorisation préalable d’une exigence éthique et de l’idéal humaniste. L’orientation tout au long de la vie, l’insertion sociale et professionnelle et l’interculturalité participent désormais clairement de la redéfinition de la relation emploi-formation et de son statut dans le cadre national et européen.
Rendre l’éducation et la formation tout au long de la vie populaires, c’est enfin considérer que la société civile a une légitimité à se saisir de ces transformations. Cette évolution politique doit permettre aux associations du secteur de participer réellement aux choix qui les concernent dans la réforme. Leur rôle doit être défini dans les institutions et instances, sinon de négociation, du moins de concertation. Sur ce point, la situation actuelle n’est absolument pas satisfaisante. Il semblerait judicieux d’élargir le groupe quadripartite sur la mise en oeuvre du compte personnel de formation, présidé par le directeur général de l’Apec, Jean-Marie Marx, aux associations professionnelles.
Donner du sens à la formation par la réflexion, l’affrontement des idées et le dialogue avec la société civile aurait permis de poser un acte de rupture ou, au moins, de limiter le risque d’une confiscation de la réforme par les seuls experts, technocrates ou gestionnaires. Il est encore temps.

Note (01)

Former pour réformer. Retour sur la formation permanente (1945-2004), sous la direction de Guy Brucy, Pascal Caillaud, Emmanuel Quenson et Lucie Tanguy, Paris, La Découverte, coll. Recherches, 2007 - Retourner au texte

Note (02)

Education populaire : le temps de l’engagement, Michel Ménard, Fondation Jean-Jaurès, Les Essais 11 / 2012. - Retourner au texte

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