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Parentalité | 19/10/2020

La doula soutient les mères

par Auteur Associé
Métier_Virginie-Franqueza_c-Valmont-Cotonnec © Valmont Cotonnec

Virginie Franqueza est doula professionnelle depuis 2015. Elle propose un accompagnement non médical pour les futures mères, de la grossesse jusqu’au post-partum. Un rôle d’interface entre les soignants et la maman et parfois au sein même du couple.

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Par Claire Baudiffier

Virginie Franqueza, 45 ans, est doula professionnelle depuis 2015 et coprésidente de l’association Doulas de France depuis 2018. Elle a suivi des formations sur diverses thématiques : portage du bébé, pleurs du tout-petit, accompagnement préconceptionnel… et s’apprête à en entamer une sur la communication non violente.

En 2002, Virginie Franqueza, esthéticienne de formation, est enceinte et ressent « une absence abysalle de soutien ». « Je n’avais pas de problèmes de santé ou de complications de grossesse, mais moralement, ça n’allait pas », explique-t-elle aujourd’hui. Ce sentiment s’accentue à la naissance de son fils, avec lequel elle a du mal à tisser un lien. « Je ne parvenais pas à me sentir mère et me pensais mauvaise », résume-t-elle. Elle se tourne vers son médecin traitant qui la renvoie vers d’autres professionnels de santé.

« La difficulté maternelle n’était pas reconnue. » Si sa deuxième grossesse se passe mieux, l’accouchement non. « Je me suis sentie maltraitée par une sage-femme et me suis alors posé des questions : pourquoi traite-t-on les femmes de cette manière ? Comment peut-on accueillir un bébé dans un tel climat ? » En 2006, elle découvre le métier de doula dans la presse et se rend à une journée de rencontres.

« Ces femmes, dont le rôle est de proposer un accompagnement non médical et de soutenir les futures mères pendant la grossesse, lors de l’accouchement, mais aussi dans les mois qui suivent étaient alors peu nombreuses en France, peut-être une vingtaine. J’ai vite compris que j’allais me reconvertir. »

Ni consultation ni avis médical

« Doula » vient du grec et pourrait se traduire par « celle qui sert la mère ». Depuis la Grèce antique jusqu’aux années 1950, les femmes se sont toujours rassemblées autour de celle qui allait donner la vie. Si les doulas se professionnalisent au début des années 1990 au Royaume-Uni, en France le métier n’apparaît qu’au début des années 2000, selon l’association Doulas de France, créée en février 2006 et dont Virginie Franqueza est coprésidente. Elles seraient aujourd’hui 500, mais difficile d’avoir des chiffres précis puisque le métier n’est pas réglementé.

L’association s’est d’ailleurs dotée d’une charte pour définir un cadre d’exercice, avec des principes que les doulas adhérentes s’engagent à respecter. On y lit ceci : « Nous ne dispensons pas de consultation ni examen ou avis médical d’aucune sorte. Les doulas n’ont aucune compétence pour établir un suivi médical de grossesse ou pratiquer un accouchement. »

Faire famille

« Les doulas se positionnent sur un accompagnement émotionnel, affectif et pratique. On s’attache à ce que les mamans se sentent le mieux possible avec le fait de devenir mère, mais aussi de ‘‘faire famille’’, comment concrètement cela va prendre acte dans leur quotidien. Les rendez-vous de suivis médicaux avec les sages-femmes et/ou gynécologues permettent d’assurer que tout va bien sur le plan de la santé et sont indispensables.

Malheureusement, ces professionnels n’ont pas forcément le temps d’écouter, rassurer et répondre à des questions très pratico-­pratiques, ce que nous nous employons à faire », détaille la doula. Inconforts de grossesse, émotions nouvelles, projet de naissance, allaitement, couple, intimité, mais aussi besoins logistiques, différentes thématiques peuvent être abordées.

Travail à domicile

Virginie Franqueza a commencé à accompagner des couples en tant que bénévole en 2008 et y consacre tout son temps de manière professionnelle depuis 2015, après avoir suivi diverses formations. « Des formations courtes proposées par des médecins, comme le gynécologue Max Ploquin (aujourd’hui décédé, un des défenseurs de l’accouchement sans douleur, ndlr) ou l’obstétricien Michel Odent (qui a lancé le concept d’accouchement en salles nature et dans l’eau, ndlr), mais aussi une plus longue dispensée par l’Institut de formation Doulas de France. »

Cette formation de 216 heures – encore non reconnue – propose un programme sur le positionnement, l’éthique et les valeurs de la doula, le couple, le postnatal, les difficultés maternelles… Aujourd’hui, elle accompagne des mères – et des couples – qui font appel à elle le plus souvent lors du deuxième trimestre de la grossesse.

« Le suivi diffère selon les besoins de la maman : je peux la voir deux fois par semaine, une fois par mois… et cela peut évoluer dans le temps. Mes tarifs dépendent du suivi et des moyens de la mère, entre 45 euros (1 heure) et 80 euros (2 heures) la séance. »

La doula travaille au domicile des parents et est joignable par téléphone. « Au fil des rencontres, on apprend à se connaître, ils m’invitent dans l’intimité de leur foyer, ce qui me permet d’instaurer un rapport de confiance indispensable, il ne faut ressentir aucune gêne. »

Évolution des pratiques

Dans un peu moins d’un cas sur trois, la future maman demande à Virginie Franqueza d’être présente à l’accouchement. « Ce sont souvent des nullipares, ou bien des femmes qui sentent que je peux être un recours, c’est le cas parfois quand l’investissement du papa est faible. Dans ces cas, mon rôle est celui de facilitatrice, d’essayer de maintenir le lien entre les parents, de préserver la bulle dans laquelle la mère essaye de se mettre avant l’arrivée de son bébé. » Mais les maternités n’acceptent pas toutes leur présence.

« Notre métier est encore mal connu, et il y a parfois des freins de la part des équipes médicales. Cela peut s’expliquer par des mauvais positionnements qu’ont pu avoir certaines doulas, qui s’interposaient entre les soignants et la maman. Mais ceux-ci sont désormais rarissimes, grâce entre autres à un travail de fond de notre association pour faire évoluer les pratiques. Nous avons par exemple mis en place un partenariat avec la maternité de ­Nanterre qui nous accueille sans souci. » La doula est aussi présente une fois que le bébé est arrivé.

« Parfois un mois, parfois jusqu’à un an et demi après la naissance. » Il arrive aussi à Virginie Franqueza de réorienter les mères vers d’autres professionnels, notamment quand elle constate des signes qui lui évoquent une dépression post-partum. Le plus difficile ? Quand elle est témoin de violences conjugales. « Il faut alors à la fois tendre la main, subtilement, et mettre en lien avec la maison de justice, les associations référentes… »

DRJoanna Verdin, mère de deux enfants

« Elle m’a aidée à rester sereine »

« Virginie Franqueza m’a accompagnée lors de ma deuxième grossesse, dès le premier trimestre. J’avais de grosses difficultés à communiquer avec le personnel soignant depuis mon premier bébé. Je ne me sentais pas écoutée mais jugée, j’ai entendu de très nombreuses remarques déplacées, notamment pour deux raisons : je suis célibataire et j’ai un handicap. Elle m’a aidée à me calmer, à rester sereine, à ne pas me braquer avec les médecins, sages-femmes… Elle était présente à certains rendez-vous médicaux, mais aussi à l’accouchement, même si ce fut très compliqué de la faire accepter. Sans elle, ça aurait été une catastrophe et un souvenir douloureux. J’ai accouché en février 2019 et, un an plus tard, nous continuons à communiquer, je lui pose des questions sur mon rôle de maman, mais aussi plus personnelles sur ma vie de femme… »

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