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Protection de l’enfance | 24/11/2020

Un numéro unique pour lutter contre la pédophilie

par Michèle Foin
homme seul solitude © jessicahyde-AdobeStock

Depuis novembre  2019, huit territoires expérimentent un numéro unique destiné aux personnes attirées par les enfants. Une aide que les experts jugent cruciale pour une prévention efficace et qui devrait déboucher sur une campagne nationale.

«Vous vous sentez troublé par les enfants ? Nous pouvons vous orienter vers une aide adaptée. » C’est avec ce slogan que le numéro unique à destination des personnes attirées sexuellement par les enfants est expérimenté par huit territoires en France. Depuis novembre  2019, les personnes qui se sentent concernées peuvent appeler le 0 806 23 10 63, pour le coût d’un appel local (1). On leur demande alors de taper leur code postal. S’il correspond à l’un des départements couverts, une personne va pouvoir alors orienter l’appelant(e) pour une première évaluation téléphonique. En fonction des troubles psychologiques diagnostiqués, la personne sera alors dirigée vers les soins ou la structure les plus adaptés, selon l’endroit où elle réside.

Une plate-forme d’appel pour lutter contre les pensées pédophiles

Le dispositif est porté par la Fédération française des centres de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (FFCRIAVS). Ce sont les secrétaires et les évaluateurs soignants des CRIAVS (2), formés à cette mission, qui répondent au téléphone durant les heures d’ouverture des centres.

« Ce numéro correspond à un besoin réel », explique Anne-Hélène Moncany, présidente de la FFCRIAVS, et responsable du pôle psychiatrique en milieu pénitentiaire de l’hôpital Marchant à Toulouse (Haute-Garonne).

Selon des études américaines, entre 5 % et 20 % de la population ont ponctuellement une pensée à connotation sexuelle sur des enfants. « Mais tous ne passent pas à l’acte. Et s’ils repèrent leur attirance, le tabou est tel sur le sujet qu’ils n’osent pas en parler. Surtout, ils ne savent pas à qui s’adresser », explique la psychiatre. D’où l’intérêt d’un tel numéro qui a montré son utilité en matière de prévention depuis 2005 à Berlin, en ­Allemagne.

En décembre  2018, 10 515 contacts téléphoniques y ont été recensés, et ont donné lieu à 3 700 évaluations et 1 780 offres de thérapie. En France, cela fait plusieurs années que les CRIAVS réfléchissent à la mise en œuvre d’un tel dispositif, car il fait consensus parmi les experts impliqués dans la prévention des violences sexuelles et la protection de l’enfance.

Territoires d’expérimentation

Ile-de-France, Rhône-Alpes, Occitanie, Aquitaine, Centre Val-de-Loire, PACA, Auvergne et Lorraine, anciennes régions correspondant aux territoires couverts par les CRIAVS.

Bilan encourageant

Deux rapports récents en font d’ailleurs la recommandation. Celui de la commission de l’audition publique « Auteurs de violences sexuelles : prévention, évaluation, prise en charge » qui s’est tenue les 14 et 15  juin 2018 au ministère des Solidarités et de la Santé, et le rapport du Sénat « Infractions sexuelles sur mineurs commises par des adultes dans le cadre de leur métier ou de leur fonction » de mai  2019.

En novembre  2019, Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de l’enfance et des familles, faisait entrer cette expérimentation dans son plan de lutte contre les violences faites aux enfants. Près d’un an après le lancement, le bilan est « encourageant », estime Anne-Hélène Moncany. « Nous avons reçu plus d’une centaine d’appels. » Reste à obtenir le feu vert du Gouvernement pour une campagne de communication nationale… et des budgets.

© CRIAVSAnne-Hélène Moncany, présidente de la FFCRIAVS

« Si l’on vise l’efficacité, il faut investir dans la prévention »

« Aider les acteurs de la santé et de la justice à prendre en charge les personnes attirées par les enfants est au cœur des missions des centres de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS). L’idée même de consacrer du temps à cela était jusqu’à peu difficilement entendable. Pourtant, si l’on vise l’efficacité, il faut soigner ces personnes et investir dans la prévention. Le soutien politique d’Adrien Taquet change la donne. Mais il nous faudrait des moyens. Cette expérimentation se fait pour l’instant à budget constant, sur nos fonds propres. Pour faire connaître ce numéro, nous avons fait avec les moyens du bord. Nous avons pourtant reçu plus d’une centaine d’appels, et orienté des personnes vers des soins. Donc oui, il y a un public cible et oui ce numéro a une utilité. Reste à financer une campagne nationale. Dans une interview parue dans Elle [ndlr : n° du 11 septembre 2020], Brigitte Macron évoque ce numéro unique. Cela donne de l’espoir. »

Note (01)

Numéro : 0 806 23 10 63, accessible aux heures d’ouverture des CRIAVS, pour le coût d’un appel local. - Retourner au texte

Note (02)

Contact : Cécile Miele, référente communication, 06 62 19 04 22, contact@ffcriavs.org 
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