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Psychiatrie | 11/01/2021

À Lille, une consultation psychiatrique transculturelle

par Sophie Bourlet
réunion conférence participants © Starkovphoto-AdobeStock

L’EPSM Lille Métropole a mis en place une consultation de groupe pour remettre en circulation les représentations culturelles des familles.

Depuis 2016, à l’initiative d’une équipe de pédopsychiatres, d’infirmiers, de psychologues et d’assistants sociaux, l’établissement public de santé mentale (EPSM) de Lille accueille des familles, une fois par mois, selon des modalités particulières (1).

La consultation se fait en groupe, et les intervenants sont disposés dans la salle dans un ordre bien précis. Un thérapeute principal, un interprète, plusieurs cothérapeutes et la famille sont assis en cercle. L’enfant peut circuler librement au milieu. Orientées par des professionnels qui souhaitent un complément thérapeutique ou social, les familles ont pour particularité d’avoir toutes un vécu en lien avec la migration.

Pallier les blocages

« La consultation permet de remettre les représentations en circulation », explique Amélie Robin, cheffe du secteur de pédopsychiatrie, qui couvre Lille à Armentières. « Le but de cet espace, c’est que quelque chose puisse s’échanger et se réécrire, qu’un récit puisse se constituer par ce qui a été traversé par la famille. »

Le Dr Robin fait partie de celles et ceux, qui avaient souhaité mettre en place cette consultation transculturelle. Dans un contexte où les patients d’origine étrangère sont de plus en plus nombreux, les psychiatres souhaitent aujourd’hui mieux s’armer pour pouvoir réagir face à de possibles confrontations de représentations culturelles.

Le Dr Carlin, psychiatre référente du centre de formation Françoise-Minkowksa à Paris, le constate depuis plusieurs années : « Il y a tout un volet transculturel qui peut poser des difficultés, le fait que les personnes puissent exprimer ou voir leur souffrance d’une manière différente ».

C’est justement dans la capitale que s’est formée l’équipe du Dr Robin, en obtenant un diplôme universitaire de psychiatrie transculturelle à la faculté de médecine de Cochin-Port Royal. Dans ces deux structures, les formateurs incitent à investir dans un interprétariat de qualité et à s’appuyer sur leurs réseaux et leurs confrères, face à des récits parfois très violents, qui échappent à la compréhension.

Changer de posture

« Le dispositif groupal s’est révélé particulièrement efficace. On a vu des familles évoluer, des situations se dénouer », se réjouit le Dr Robin. « Pouvoir être avec d’autres professionnels modifie notre posture en tant que thérapeutes. Les places dans le groupe ne sont pas les mêmes que dans l’institution. » Le Dr Carlin place la question de la posture au cœur de sa formation : « On y apprend le décentrage. Les professionnels, sans en être conscients, sont porteurs de leur culture, de leur façon de voir le monde. Ce décentrage permet d’éviter des chocs culturels et de rétablir le dialogue. » Pour elle, les professionnels sont déjà majoritairement outillés pour réagir à ces situations : « On ne peut pas non plus être expert de chaque culture. Peu importe l’origine, on essaye surtout de remettre la personne au centre. » u Sophie Bourlet

DRPatricia Do Dang, pédopsychiatre formée en ethnopsychiatrie*

« Les bases nécessaires sont la formation et un pool de traducteurs professionnalisés »

« Les phénomènes de migration sont de plus en plus importants, et Lille fait partie d’une région où arrivent beaucoup de migrants en partance pour les Pays-Bas ou l’Angleterre. On reçoit des mères, avec leurs bébés, aux parcours migratoires extrêmement violents. Quand j’ai commencé à les recevoir, c’était très difficile d’accueillir toute leur souffrance et d’être dépositaire de leur histoire. Il faut vraiment tout un réseau de soutien autour de ces femmes et autour de nous-mêmes en interne. Je pense que les bases nécessaires sont la formation et un pool de traducteurs professionnalisés. Ce qui serait intéressant serait d’avoir un lieu à l’échelle de l’agglomération. Recevoir à plusieurs fonctionne bien, ce sont pour la plupart des femmes qui sont habituées à être confrontées à un groupe, moins portées vers l’individualité. Dans tous les cas, à chaque fois que j’ai une femme ou n’importe quel être humain en face de moi, je ne pense pas qu’au transculturel. Je pense aussi à la rencontre, à son parcours, à ce qu’elle a vécu et subi, et comment je vais pouvoir l’aider. C’est cela qui envahit le devant de la scène. »

* Elle souhaite elle aussi mettre en place une consultation transculturelle dans son secteur.

Note (01)

Contact de la consultation transculturelle : scolin@epsm-lm.fr - Retourner au texte

Références

  • « J’ai rêvé d’une grande étendue d’eau », film de Laurence Petit-Jouvet, coproduction Abacaris films-Arte France, 2002. Dans sa consultation d’ethnopsychanalyse à l’hôpital Avicenne de Bobigny, Marie-Rose Moro reçoit des familles migrantes originaires d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’ailleurs.
Thème abordé

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