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Emploi | 04/02/2021

L’accès à la formation, un levier de qualification à renforcer

par Solange de Fréminville
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La diminution du taux d’accès à la formation, plus faible pour les agents de catégorie C, s’est poursuivie, alors que la crise sanitaire a rendu plus aigus les besoins en qualification du personnel hospitalier et médico-social. L’Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier renforce les dispositifs.

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Le taux d’accès à la formation professionnelle est en recul dans la fonction publique hospitalière (FPH) depuis quelques années. De 58 % en 2016, il a fléchi à 54,8 % en 2019, selon l’Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH), organisme paritaire collecteur agréé (OPCA) auquel adhèrent 96,7 % des établissements de la FPH.

« L’un des principaux freins aux départs en formation, c’est le sous-effectif », pointe Céline Blondiaux, infirmière et élue CFDT au conseil d’administration de l’ANFH. « Très souvent, un agent qui demande une formation n’est pas remplacé. Celle-ci lui est refusée ou est annulée pour assurer la continuité du service. C’est monnaie courante », déplore la représentante du personnel, de même qu’Ophélie Labelle, élue de la fédération santé et action sociale de la CGT et nouvelle présidente de l’ANFH : « Les employeurs répondent que les salariés ne pourront pas partir en formation car il n’y a pas de remplaçants ». En effet, « il y a des difficultés croissantes à laisser partir les agents en formation », confirme Bertrand Longuet, directeur général de l’ANFH, qui pointe également les tensions sur les effectifs et les difficultés à remplacer les salariés. Il est probable que les fortes contraintes budgétaires qui pèsent sur les établissements contribuent à accentuer ce phénomène, en les obligeant à contenir la masse salariale et donc le niveau de qualification.

Besoins de recrutement

Les études promotionnelles ne pro­gressent pas. Avec 16 000 à 17 000 salariés environ chaque année, visant pour l’essentiel les diplômes d’infirmier, de cadre de santé et d’aide-soignant, l’effectif reste globalement stable entre 2016 et 2019, malgré les besoins croissants de recrutement, en particulier dans les métiers du soin. Cela permet, par exemple, aux agents de service hospitalier de suivre le cursus d’un an offert en formation initiale pour décrocher le diplôme d’aide-soignant. Et de même pour les aides-soignantes, en partant trois ans dans une école d’infirmières.

Les agents de catégorie C, qui sont les moins qualifiés, bénéficient trop peu de ces possibilités. Leur part dans l’ensemble des départs en formation chaque année stagne autour de 40 %, alors qu’ils représentent 48 % de l’effectif de la fonction publique hospitalière. La sous-­représentation des moins diplômés dans l’accès à la formation est en soi un fait banal, mais il se trouve en contradiction avec l’objectif d’équité de la fonction publique, comme avec les besoins de qualification des salariés au regard des exigences de qualité du service. « Il s’agit de personnels soignants, mais aussi techniques et administratifs », remarque Ophélie Labelle. « Pour ces agents, pourquoi les plans de formation sont-ils restrictifs, limités à des adaptations à leur poste, au lieu de renforcer leurs compétences et leurs qualifications, de répondre à leurs aspirations ? » interroge-t-elle. En outre, depuis le début de la crise sanitaire, la nécessité de recruter s’est faite plus aiguë sur les postes de soignants. Aussi l’ANFH s’efforce-t-elle de lever un frein essentiel : les contraintes budgétaires des établissements.

Un coup de pouce pour l’apprentissage

Jusqu’ici, l’apprentissage est resté marginal dans la fonction publique hospitalière, les coûts (salaire, formation…) étant à la charge des employeurs. En 2009, ils n’ont signé que 800 nouveaux contrats. Pour donner un sérieux coup de pouce à ces formations en alternance qui attirent les jeunes, l’ANFH a décidé d’y consacrer, pour la première fois en 2021, une partie de ses fonds mutualisés. Selon la CFDT, il faudrait aussi mieux valoriser l’engagement des maîtres d’apprentissage, sur le plan financier, en leur laissant plus de temps pour encadrer les apprentis, et envisager un « engagement à servir » de quelques années, pour les fidéliser.

Validation des acquis

C’est ainsi que l’organisme paritaire a créé, le 1er janvier 2019, le fonds de qualification qui offre aux agents des filières administrative, technique et logistique, le même cadre que les études promotionnelles : prise en charge du salaire, des coûts pédagogiques et des frais afférents, pour des formations diplômantes (CAP, BEP, etc.) ou qualifiantes. Pour faciliter l’accès des salariés les moins qualifiés aux formations courtes, il s’agit de lever d’autres obstacles : crainte de retourner sur les bancs de l’école, éloignement des centres de formation, accompagnement insuffisant, ou encore manque de matériel informatique et logiciel pour la formation à distance. Pour répondre à ces enjeux, les délégations régionales de l’ANFH organisent des actions collectives interétablissements, avec des sessions déconcentrées au plus près des petites structures sanitaires et médico-sociales, mixant présentiel et distanciel…

Autre priorité : faire en sorte que la validation des acquis de l’expérience (VAE) ne soit plus un parcours du combattant. Ce dispositif, qui consiste à valoriser les compétences acquises dans la vie professionnelle pour accéder à un diplôme, ne permettait jusque-là qu’un accompagnement de 24 heures pour chaque candidat, obligé de se débrouiller pour monter son dossier et passer les modules demandés. Il a trouvé un nouveau souffle grâce aux innovations de délégations régionales de l’ANFH : des actions collectives offrent un accompagnement de longue haleine aux candidats et la possibilité de faire des stages dans d’autres établissements, sur un maximum de 150 heures. Les salaires sont pris en charge, en même temps que les coûts pédagogiques.

Financements

En 2020, l’annulation des formations, lors des confinements destinés à enrayer la pandémie de Covid-19, a changé la donne. En mai, dès le reflux de la première vague, les financements dédiés à la formation ont été réalloués pour répondre aux enjeux du moment, en particulier aux besoins de formation d’aides-soignantes et d’infirmières. Ainsi, les départs en études promotionnelles ont augmenté de 20 % au cours de l’année. En 2021, l’ANFH compte accentuer ses efforts : un supplément de 28 millions d’euros sera consacré aux études promotionnelles et au fonds de qualification. Quant aux actions collectives de VAE, avec un accompagnement des candidats sur une longue durée, elles devraient être financées en partie par les fonds mutualisés. Pour celles qui sont réduites à « faire fonction » d’aides-soignantes, dans les Ehpad et les hôpitaux, ce sont autant de moyens de faire reconnaître les compétences acquises et de les consolider. Mais il reste encore des freins à lever, selon Ophélie Labelle, en particulier augmenter le nombre de places dans les écoles d’aides-soignantes.

© Nicolas BroquedisCéline Blondiaux, élue CFDT au conseil d’administration de l’ANFH

« Chacun a organisé des formations en interne »

« À cause de l’épidémie de Covid-19, de nombreuses formations ont été annulées. Pour faire face au besoin de professionnels compétents, en particulier d’infirmières pour la réanimation, chaque hôpital a organisé des formations en interne. Chacun a aussi eu la possibilité d’utiliser une partie de son enveloppe pour l’achat d’équipements destinés à la formation à distance, en visioconférence, ou pour financer un expert chargé d’adapter en e-learning des programmes en présentiel. Ou encore pour s’équiper de costumes, coûteux, qui permettent aux professionnels de se mettre dans la peau d’une personne, par exemple très âgée ou obèse : ces formations, assurées en interne, sont très pertinentes et appréciées.

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